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PAUL REBIFFE

L'Orbe salubre


L'eau, principale source de vie si souvent décrite par le poète, si souvent peinte par l'artiste, n'est pas respectée comme le bien précieux et unique qu'elle est. Depuis toujours nous y jetons sans vergogne nos déchets, nos produits de toutes sortes, sans trop nous préoccuper des dégâts irrémédiables que cela provoque sur la faune et la flore. Jusqu'à peu de décennies en arrière, cette même eau était consommée sans autres précautions, entraînant maladies et problèmes de santé de toutes sortes. Ce n'est qu'à la seconde moitié du XXe siècle que la conscience de cette situation fait surface et que les autorités commencent à envisager de lutter contre la pollution par différentes lois et aussi de traiter les eaux dans des stations d'épuration. Il faudra encore de nombreuses années pour mettre ces bonnes résolutions en pratique. Faire le point sur la salubrité de l'eau, et en particulier sur le parcours emprunté par l'Orbe, est l'objet de l'étude de Paul Rebiffé.

L'Orbe prend sa source en amont des Rousses, en France, dans les massifs du Jura. Puis, traversant la frontière, elle coule paisiblement dans la Vallée et vient former le lac de Joux. À sa sortie à l'autre extrémité du lac, la rivière s'infiltre dans un véritable labyrinthe de fissures pour aboutir à la résurgence de Vallorbe quelques 200 mètres plus bas. Parcourant Vallorbe, elle descend directement vers le Day et son barrage, puis poursuit son chemin par les Clées en direction d'Orbe. Après son passage à travers cette magnifique bourgade, elle continue sa route pour faire sa jonction avec le Talent à Chavornay. À partir de ce point elle devient la Thielle et se jette dans le lac de Neuchâtel à Yverdon-les-Bains.

Gorges de l'Orbe

Les principaux générateurs de pollutions sont les habitants, les industries et l'agriculture. Pour cette dernière, il est très difficile d'intervenir sur les traitements des champs effectués, ainsi que sur les drainages naturels occasionnés par les pluies lors de gros orages. Des épandages de lisier ou de purin au mauvais moment peuvent aussi aboutir dans la rivière. Il en est de même lors de nettoyage de bossettes sans précautions.
La rivière l'Orbe a été peu victime de grandes pollutions. Il n'y a pas eu de grandes catastrophes connues et actuellement, en très grande partie grâce aux stations d'épuration et aux efforts des autorités, les eaux de l'Orbe ont une certaine salubrité. Cela n'en fait pas pour autant de l'eau potable, car les stations d'épuration ne traitent pas l'eau dans ce but, elles ne font que l'assainir, et n'y ajoutent pas de produits de traitement tels que  du chlore par exemple. La station d'épuration de Vallorbe est capable de traiter les eaux pour une population de 6000 habitants. Les industries, comme la grande majorité des habitants, sont actuellement raccordées aux stations d'épuration.
Finalement, tout au long du fil de l'Orbe, les autorités locales ont fait le nécessaire pour assainir au maximum les eaux de la rivière. Le taux d'épuration varie de 93 à 97 % des eaux entrantes dans les stations.
 


Les affluents n'ont pas été oubliés. Ainsi, la Jougnena, qui prend sa source en Suisse mais dont le plus grand parcours se situe sur territoire français, n'est pas en reste. Les autorités locales ont fait des efforts depuis de nombreuses années, comme le démontre l'une des réponses de l'entretien avec les deux adjoints au Maire de Jougne, Messieurs René Henriet et Michel Rivère :

Quel est l’état de propreté actuel de la Jougnena ?
Excellent. Aucun incident récent n’est à déplorer, et actuellement tous les diffluents de la rivière sont des eaux traitées. Sur la partie haute par une station d’épuration et sur la partie des hameaux par des digesteurs. Il y a eu, il y a quelques années, un projet de ralliement à la station d’épuration de Vallorbe, mais ce projet a été abandonné pour la construction d’une «super station» qui englobera les communes du Mont d’Or. Tous les déchets y seront traités, car actuellement nous devons transiter par une déchetterie à L’Abergement-Sainte-Marie et une décharge à Longeville. De gros efforts ont également été faits au niveau du tri des déchets (verres, papiers, cartons, plastiques). Quant aux déchets agricoles, les infrastructures agricoles doivent respecter des normes strictes concernant le stockage du lisier.

Nous ne sommes pas les seuls animés par le souci de la pollution. "L'Orbe Vivante" est une association constituée en 1992 et qui a pour but de défendre et de protéger l'Orbe depuis sa source en France voisine jusque dans le lac de Neuchâtel de toutes nuisances. Il nous apparaît donc primordial de donner la parole au Président de cette association, Monsieur Christian Lambercy, dont voici quelques réponses intéressantes :

Pourquoi une association comme celle-ci est-elle nécessaire ?
Les associations de protection de l’environnement existantes prennent peu en compte les espèces aquatiques de nos rivières. Seuls les pêcheurs sont très concernés et il est important de sensibiliser un plus large public aux problèmes que connaissent nos rivières. En effet, de nombreuses espèces y vivant sont menacées.

Y a-t-il conflit d'intérêts avec les autorités responsables des eaux ?
Parfois, cela dépend des thèmes abordés. En ce qui concerne les opérations "Orbe propre" (inventaire des rejets) et "indices biotiques" (détermination de la qualité du cours d’eau en fonction de la biomasse) les relations et la collaboration sont bonnes. Concernant les problèmes liés aux barrages, parfois les intérêts divergent, ce qui est normal étant donné les intérêts financiers en jeu. Parfois, les services de l’État sont pris entre deux feux. Mais dans l’ensemble, cela se passe assez bien.

Quel est l’historique du projet "Orbe propre" ?
Cette opération, débutée en 1993, a pour objectif de recenser les rejets sauvages polluant l'Orbe et ses affluents. Les résultats ont été communiqués aux communes concernées. Des équipes de volontaires ont parcouru l'Orbe et la Thielle, jusqu'à son embouchure dans le lac de Neuchâtel, ainsi que le Talent, la Jougnena et le Nozon.
Nous nous apercevons qu’il est maintenant peu efficace d’apprécier l’évolution de la situation en réalisant de nouveaux inventaires systématiques de rejets. En effet, la plupart sont toujours existants et sont utilisés comme déversoir d’orage. Il est important de connaître l’évolution de la capacité des réseaux d’évacuation d’eaux usées lors de fortes précipitations. D’autre part une pollution agricole diffuse ou provenant de drainage est aussi importante dans certaines régions. De ce fait, nous avons décidé de nous concentrer sur certains rejets polluants bien connus en informant et sensibilisant les communes concernées.

Comment voyez-vous la situation actuelle au point de vue de la pollution
de l'Orbe ?

Médiocre à la Vallée de Joux, relativement bonne de Vallorbe à Montcherand, pour devenir mauvaise à partir d’Orbe.

Et dans le futur ?
Cela sera très difficile d’améliorer les parties dégradées car cela demanderait de grands efforts de revitalisation et la diminution de la pollution agricole. Par contre, les zones qui sont déjà en relativement bon état devraient continuer à s’améliorer. La pollution ménagère est de mieux en mieux gérée et les rives sauvages des Gorges de l’Orbe offrent une bonne protection contre les interventions humaines. D’autre part, lorsqu'un endroit devient trop dégradé, les hommes s’en éloignent et prennent cette situation pour une fatalité.
 

Exsurgence de l'Orbe à Vallorbe

Il est presque impossible de tirer des conclusions sur un sujet aussi récurrent que la pollution. Les eaux de nos rivières sont "propres", sauf accidents, mais ne sont plus potables ; il est difficilement imaginable qu'un retour en arrière puisse avoir lieu un jour. Même si la prise de conscience du problème est générale, même si tout le monde y met du sien pour limiter la pollution, notre mode de vie, notre civilisation ira toujours de l'avant et produira pollution et déchets. La génération pléthorique de détritus fait partie de notre vie et nos régions regorgent de sites pollués qui sont drainés par les eaux de pluie. Il existe encore de nombreuses décharges communales qui ne sont pas assainies en profondeur. La pollution atmosphérique n'arrange rien. Pas plus que les pluies acides. Bref ! Malgré les efforts de certains, la préoccupation prioritaire de l'humain reste l'argent. Et peu importe si l'on détruit la nature. Les générations futures auront tout loisir de réparer ce qui peut l'être. Sinon tant pis. Les humains auront mis quelques siècles pour détruire ce qu'il a fallu des millions d'années pour construire, et bienheureux celui qui pourra dire qui de l'homme ou de la nature aura la victoire finale en faisant disparaître l'autre.

Le pont des Moulins d'Orbe
 


CONTENU :
24 pages A4, photos couleurs

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Décembre 2004
 


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