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CLAIRE-LISE WEICK
Carnet de voyage à la Vallée de Joux
l'eau domestiquée, l'eau contemplée
Durant le vigoureux mois de janvier 2005 les habitants de la Vallée de
Joux, les Combiers, comme ils se nomment eux-mêmes, ont vu un étrange
pèlerin parcourir leur région. Il s'agissait de Mme Claire-Lise Weick,
diplômée en histoire de l'art et en archéologie, Docteur en
socio-ethnologie, viticultrice et infirmière, que les concours de
circonstance ont amené à participer aux programmes d'Eau21. Ces
pérégrinations la conduisent de Bois-d'Amont en France jusqu'au village
disparu de Bonport sur les rives du lac Brenet. "Pour entrer en contact,
écrit-elle, avec les nombreuses personnes qui ont servi ce travail :
point de méthode. Le bouche à oreille, l’impromptu, l’entregent, un
ensemble de hasards heureux ont favorisé les rencontres. Les
conversations se sont montrées familières et simplement agencées par
leur nature même." C'est ce travail d'observation et d'anthropologie,
ainsi que quelques passages d'entretiens qu'elle a réalisés, que nous
essayons, ci-dessous, de résumer pour les lecteurs d'Internet.
C'est M. Rémy Rochat qui est la première personne à être dépeinte
par l'ethnologue :
"M. Rémy Rochat habite au Crêt du Puits aux Charbonnières ; il est le
gardien symbolique de l’histoire de la Vallée. Installé dans une
ancienne demeure, celle de l’affineur son frère, il collecte, trie,
étudie les documents qui se sont construits et ont construit son Val de
Joux. (…) Ses récits prennent la tournure des histoires de grand-mère.
Chaque lieu, chaque période est considéré avec respect et avec la
précision d’un horloger à son établi. C’est avec plaisir que les
lecteurs se plongeront dans les brochures qu’il a élaborées seul, sur
les presses des Charbonnières. Maître, grand maître faudrait-il dire,
des Éditions Le Pèlerin, il introduit chacun des sujets abordés dans ce
style si spécifique à la Vallée : un style régulier où la langue
appliquée mène à la justesse."

C'est justement aux Éditions Le Pèlerin qu'elle puise certains
textes d'hommes historiques : " Seigneux de Correvon, Goethe,
Horace-Bénédict de Saussure, Ami Mallet ont tous en leur temps exploré
la Vallée. Leur prose nous introduit dans l’atmosphère d’alors." Suivent
également des textes d'Yvan Antonovich, d'Auguste Piguet et de Julien
Gracq. C'est à leur suite qu'elle commence son carnet de voyage :
"Julien Gracq aime le val jurassien où s’est déposé Bois-d’Amont. Nous
ne serons hélas pas aussi enthousiastes. Le village s’étire. Des maisons
aux façades grises, quelques fois décrépies, font concurrence à
d’autres, maladroitement restaurées. Tout ici semble dysharmonique et
sinistre, la partie suisse de la combe apparaît plus riante, malgré ses
maisons qui ressemblent toutes à d’austères presbytères. Tout voyageur
qui parcourt le chemin entre Bois-d’Amont et Le Brassus note cette
différence de qualités et de caractères, qui est sans doute d’origine
culturelle et historique plus que paysagère.
"Mais le sujet n’est pas là : nous étions parties pour Bois-d’Amont
pour en apprendre à connaître un peu la population et ses rapports avec
l’eau. La tradition artisanale de l’endroit est issue des forêts
voisines : on fabrique, là, des boîtes à fromage, des boîtes à pastels,
des boîtes à pharmacie, des boîtes en tous genres. Il sortait des
ateliers Vandel ou Lacroix des skis dont la renommée était grande. Je
suis allée voir deux boisseliers, restés fidèles à la tradition locale.
Au milieu du village, un peu sur la hauteur, un petit panneau de bois
au-dessus du linteau de la porte indique : Boissellerie. La porte
d’entrée s’ouvre sur l’atelier. L’espace est chaleureux et les personnes
qui travaillent là sont fort accueillantes."
"L’ancien moulin de Bois-d’Amont abrite le musée de la boissellerie. Il
surplombe l’Orbe, sortie quelques lieues plus haut du lac des Rousses.
L’eau coule en abondance, elle n’actionne plus, pourtant, les rouages
majestueux qui sont présentés dans les différents corps de bâtiments. Le
parcours guidé par Madame Malfoy est didactique et chaleureux. Elle vous
apprend en effet que les fontaines de Bois-d’Amont sont toutes
alimentées par des sources dont l’eau est acheminée vers les fontaines
par des tuyaux en bois, enfouis dans le sol et en usage depuis deux
cents ans. Ainsi en est-il du côté suisse de la grande combe de l’Orbe.
L’artisan qui fabriquait ces bois percés s’appelait le perche-corps. Sa
fonction prit fin avec l’achèvement du réseau dont la perfection ne
nécessita aucune retouche : le sol et l’eau conservent les structures,
naturellement."

Le lac Ter gelé
"Je retourne vers la Suisse. La route qui mène au Sentier disparaît
petit à petit dans les intempéries. Le lent retour vers le lac de Joux
se fera rive droite. La route est réputée moins escarpée que par Le
Lieu. Elle est certes moins escarpée mais beaucoup plus éventée. La bise
souffle entre L’Orient et Les Bioux, des congères commencent à se
former. Un arrêt s’impose vers Groinroux. La vue que l’on a depuis les
hauteurs est devenue étrange ; l’autre rive est estompée, elle semble
disparaître ; la rangée d’arbres effeuillés calligraphie un paravent
devant le lac résolument blanc."
"Début janvier, un dimanche après-midi ; la neige n’est pas encore
arrivée à la Vallée. Il fait cru (selon l’expression locale, qui indique
un froid mordant.). Le lac Ter est gelé. On y accède ordinairement par
un chemin qui vient du village du Séchey pour ensuite s’enfoncer dans la
zone marécageuse jusque sur ses rives. (…) Toutes les personnes de tous
âges qui viennent là semblent se connaître ; elles sont d’ici ; elles
ont aussi l’immense privilège de profiter d’une glace de très bonne
qualité, plane, lisse, transparente. Les habitants de la combe ont
conscience du privilège qui leur est offert. Jusqu’au soir, ils
glisseront avec bonheur sur le petit lac Ter, à deux pas de leur
village."
"Posée depuis toujours sur les rives de la Lyonne, la scierie de
L’Abbaye tirait sa force motrice du ruisseau qui prend sa source un peu
plus haut dans le vallon, aux Chaudières des Enfers. L’appellation est
houleuse, elle indique avec force les caractères de la Lyonne qui naît
dans un tumulte géologique fréquent dans la Vallée. Les entonnoirs, en
effet, impressionnent les promeneurs. Ceux de la Lyonne sont situés dans
une zone escarpée, leur accès en hiver peut être périlleux. Depuis cette
altitude, modérée, il est vrai, une vue plongeante permet d’observer
l’implantation de la scierie en activité. Une petite écluse sur la rive
gauche du ruisseau introduit un canal de dérivation qui alimentait la
roue du moulin. On distingue, malgré la mousse et la neige, le tracé de
cette ancienne voie d’eau maintenant inutile."
Le froid, la neige, le vent devaient forcément amener notre guide à
trouver refuge au chaud. C'est ainsi que nous retrouvons Claire-Lise
Weick au "Tiroum" du Pont un dimanche matin.
Tout un petit monde hétéroclite se rassemble autour de la grande table
ronde : un journaliste de Vallorbe avec sa famille, une voisine, des
visages connus sans noms et sans attributions. L’ancien capitaine du
Caprice survole régulièrement les lacs de la Vallée. Le visage rougi par
les airs, il raconte ses voyages sur le lac lorsqu’il pilotait encore le
Caprice. Les passagers ne sont guère nombreux, la route fait concurrence
au navigateur. Il indique le parcours du bateau : départ du Pont, juste
derrière Pégase, en direction des Bioux où se trouve un débarcadère,
puis, direction Le Rocheray. Le trajet ne se fait que dans ce sens là.
Point d’explication à cela, c’est ainsi depuis toujours. Impossible donc
de faire un aller retour Les Bioux-Le Rocheray, il faut passer par le
Pont pour revenir aux Bioux si l’on s’embarque sur le Caprice."
Les orgues de Vallorbe
"Quelqu’un raconte encore les inepties des touristes sur le lac gelé en
précisant que les gens d’ici respectent les drapeaux rouges et ne
s’assemblent pas en cercle sans se mouvoir au milieu du lac." « Tenez,
même Jeanda, un des pêcheurs responsable de la sécurité sur le lac, a
failli tomber dans une faille qui se formait dans la glace juste
derrière Pégase. Malgré les grands froids — il a fait -18° C aux
Charbonnières, hier matin à 9 heures — la prudence s’impose ».
"Tous les Combiers rencontrés affirment qu'ils ont besoin de l'hiver et
de la neige, pour le froid, pour sa lumière et la beauté. Quelques
redoux viennent abîmer les paysages : les congères s’affalent, les
glaçons crèvent les trottoirs, la gadoue, infâme, gicle les voitures ;
la désolation rogne les humeurs, l’humidité ravine la vivacité que la
neige avait amenée. On souhaite que l’hiver reprenne, un bel hiver sans
gadoue, un hiver comme autrefois."
Après le chaud délassement du matin, la balade se poursuit
l'après-midi. Promenade encore plus glaciale qu'elle s'effectue dans un
vallon vers Vallorbe aux résurgences de l'Orbe.
"Le soleil arrive avec peine dans le vallon, alors qu'il brille sur les
sommets qui dominent l'endroit. La neige et la glace emballent tout. À
contre-jour il se mène dans cette profondeur une activité qui demande
des forces et une volonté tenace à l’homme qui s’affaire là. L’eau qui
s’écoule sous les bâtiments un peu plus bas tombe en cascade rectiligne.
Elle mène son chemin, sans tenir compte des gestes des hommes, elle
bruit, indépendante, dans le lit domestiqué par les ancêtres du scieur.
Le promeneur s'enfonce dans les gorges du ruisseau, un sentier raide
grimpe sur le flanc de la colline. La neige mouillée fait glisser le pas
et dévaler des pierres. En quelques minutes on arrive à un entonnoir :
la petite chaudière. Il fait froid, et pourtant, l’appellation ne suffit
pas à tempérer ce gouffre… Le sentier dessine le fond du vallon, et là,
plus profond encore, la grande chaudière impressionne. La Lionne naît
dans ce creux parfaitement circulaire."
"Un dimanche après-midi aux sources de l’Orbe. Le temps est à la
froidure. Pour aboutir au lieu appelé « les sources de l’Orbe » il faut
s’enfoncer dans un vallon sombre ; la glace y recouvre tout : les sols,
les balustrades, les parois rocheuses. On passe devant les anciennes
forges de Vallorbe, où de petits écriteaux scandent le sentier de leurs
informations historiques. Plus loin, le promeneur s’élève vers l’entrée
des grottes où l’on devine la neige qui fait paravent et la naissance du
ruisseau. Il est vrai qu’il s’agit en réalité d’une renaissance, d’une
résurgence : l’eau du Brenet s’infiltre dans la roche, trouve des voies
pour se collecter ensuite dans les grottes de Vallorbe et apparaître à
la surface comme un flot puissant."
Les mots gracieux de notre guide nous délectent encore pour vanter
les charmes du lac Brenet :
"Depuis le restaurant du Terminus, ou depuis la cuisine des Bossel aux
Charbonnières, une vue magnifique sur le lac Brenet vous est offerte,
comme une photographie ou un tableau romantique par les fenêtres de ces
habitations. On imagine mal, dans le rectangle de la cuisine du pasteur,
les industries qui un jour se répandaient autour du lac. Il n’en reste
plus rien, en effet : la vie sauvage a repris sa place ; les plus
angoissés des écologistes trouvent ici quelque réconfort. Comme au
temple d’Angkor, les droits de la nature se sont imposés sur les
industrieuses constructions du passé. Quelques traces cependant sont
lisibles : sur la rive gauche en venant des Charbonnières, sur la rive
droite, du côté de la gare du Pont, rien ne désigne plus l’existence des
glacières, pourtant si célèbres en leur temps."

Le lac Brenet Naturellement, tout au long de ses pérégrinations, Claire-Lise Weick
a conversé avec les personnes rencontrées et qui ont toutes un rapport
étroit avec l'eau. Ce sont ces contacts humains qui sont publiés en
seconde partie de l'ouvrage. Elle débute par Séverine Leresche, relieuse
au Brassus qui a besoin de l'eau. "Le bain-marie ainsi que la colle
elle-même doivent constamment être réalimentés en eau. Séverine ne peut
se passer d’eau."
Les chemins de l'auteur croisent ensuite ceux de Marianne Fornet, une
architecte du Pont, d'Adela la patronne du Tea Room du Pont. "Adela est
très hospitalière, plus Combière que quiconque bien que d’origine
andalouse." C'est ensuite Rocco, le boulanger du Lieu, M. Baudat, imprimeur-éditeur au Brassus, les époux Rochat, dont monsieur a déjà été
présenté au début de l'étude. C'est également le rhabilleur
(restaurateur de montres anciennes) M. Dépraz, la blanchisseuse Teresa
et M. Golay, capitaine du Caprice II. "Dans un hangar qui jouxte la gare
du Pont, le Caprice, à cette saison, dort. Perché sur des roues, il a
l'air d'un gros autobus. M. Golay explique comment
deux fois par an une imposante grue vient se saisir de l'embarcation
pour l'extraire du lac. Au printemps suivant le Caprice est poussé hors
de son garage puis saisi par la grue afin d’être remis à flot." Viennent
ensuite Jean-Michel Capt, luthier au Brassus, puis la dame du kiosque de
ce même village, qui est bergère en été. Puis on se retrouve dans la
scierie de l'Abbaye avec M. Berney, sur les rives du lac avec le
pêcheur du Rocheray "La baraque où il se trouve donne sur les rives du
lac de Joux, sa barque bleue est amarrée, les filets verts, en ordre,
sont suspendus sous des abris, jusqu’au soir où ils seront rejetés à
l’eau. M. Meylan est l’un des deux pêcheurs professionnels du lac.
Ses « eaux territoriales » s’étalent dans la moitié sud-ouest du lac."
Dans les cuisines de Joli Site, aux Esserts-de-Rive avec son "plongeur",
M. Gafner écrivain dans l'âme qu'elle rencontre d'ailleurs,
quelques semaines plus tard dans les rues du Sentier. "Il ne travaille
plus à Joli Site, et se consacre désormais à ses écrits."
Viennent ensuite les fromagers du Lieu, puis Madame Sacha habitante
du Lieu qui "est connue pour son affection toute particulière pour les
baignades. Par tous les temps et en toutes saisons, cette petite dame de
80 ans, peut-être plus, s’en va, gantée et dévêtue, prendre son bain
quotidien dans le lac de Joux." Le Pic, un autre personnage haut en
couleur des bords de l'Orbe. "On l’appelle Le Pic, sobriquet qui remonte
à l’enfance pour des raisons devenues inconnues ; il a établi il y a
fort longtemps, du temps de son mariage, ses bassins piscicoles sur une
île de l’Orbe. La tâche fut ardue, la construction des digues nécessita
bien du courage. Les berges des bassins ne sont toujours pas à l’abri
d’une rupture, aujourd’hui encore. La dernière remonte aux années
nonante, le souvenir est vif et les espoirs de solidité ardents." C'est
enfin Danièle, la fromagère du Séchey. "Elle parle des transformations
du lait comme d’une métamorphose divine. (…) Soudain dans son ardeur
elle lance :
« Vous voyez, je pourrais très facilement me passer de lait pendant un
temps, il y a toujours à faire dans une fromagerie, retourner des
fromages, ranger, faire des comptes, mais impossible de se passer d’eau.
Elle est primordiale, indispensable…».

La Dent de Vaulion, vue du Lieu
L'étude de Claire-Lise Weick continue avec l'entretien de Gabriel
Reymond, considéré comme étant le photographe officiel de la Vallée,
puis des rencontres avec des représentants du culte et un nouvel
entretien chez le peintre Charles Aubert. "M. Aubert fait honneur
à la formule « ars et technè ». Il a fallu une après-midi entière pour
que le peintre décrive avec conscience et patience une activité de
recherche. Théoricien de la couleur, appliqué à un art qu’il pratique en
autodidacte depuis de nombreuses années, l’ancien ingénieur reconverti
en artiste est aussi un écologiste averti. L’eau, nous l’avons donc
abordée par le biais d’un engagement. (…) Nous devisons, il philosophe,
s’arrête, se reprend, s’interroge…
« L’eau en elle-même n’a pas de couleur, c’est ce qui l’entoure qui lui
en donne… elle est profondeur, c’est en ce sens seulement qu’elle est
miroir, celui de notre inconscient ».
Durant tout le parcours de la brochure, il y a tout naturellement
les familles Rochat : l'éditeur, dont nous avons déjà parlé, les
navigateurs du Pont et les affineurs des Charbonnières. Et les
rencontres s'enchaînent. C'est M. Mouquin, le cordonnier-acteur du
Sentier, c'est le fils Lassueur l'ébéniste de L'Orient, c'est le
fleuriste, Eric Rochat, la photographe Anne-Lise Vullioud, le libraire
Philippe Jaussy qui a installé sa librairie dans un charmant édifice en
bois entre le Sentier et l'Orient. C'est Joëlle, "psychologue,
méditative", et enfin c'est M. Claude Luissier, fabricant de
balafons au Séchey, qui termine ces portraits plus fortuits qu'agendés.
ClaireLise Weick
termine son œuvre par trois grands entretiens : le premier rapporté est
celui de M. Cherpillod. "M. Gaston Cherpillod, vaillant
octogénaire, est écrivain de son état. Il est originaire de la Broye. Il
vit au Lieu depuis une vingtaine d’années. Il fut pédagogue, comme il se
plaît à dire (il enseignait les lettres classiques)." Il lui parle de
l'eau en citant un poème d'Aubert et en faisant une lecture d'une de ses
oeuvres.
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Le second entretien est celui des époux Rochat dont le mari est
conseiller d'État depuis 1998 :
Quels sont vos rapports avec l’eau ?
Christine Rochat : Je crois que tant Charles-Louis que moi-même, tous
les deux Combiers de naissance, sommes sensibles à des aspects aussi
variés que la qualité, la proximité de l’eau, la magie des tourbières,
l’ivresse du patinage, mais avec des sensibilités différentes selon
qu’on parle de pêche ou de natation…
Charles-Louis Rochat : Évidemment, à titre professionnel, ma relation
s’est complexifiée à partir du moment où, en charge du Département de la
sécurité et de l’environnement, la notion de protection des eaux, celle
de l’énergie hydraulique ou encore la prévention des inondations font
partie de mon quotidien.
Vous avez dit « tourbières », Madame ?
Christine Rochat : Oui, j’ai passé mon enfance Derrière-La-Côte, là où
d’anciennes tourbières existent, avec ce curieux mélange de crainte
inspirée par « l’eau noire », l’eau stagnante, et la révélation d’un
site incomparable fait de bruyères, bouleaux, sphaignes et autres
plantes qui confèrent ce climat de mystère si particulier…
Depuis votre cuisine, nous admirons le lac Brenet. Parlez-nous-en !…
Charles-Louis Rochat : C’est le « petit lac » que beaucoup confondent
avec le lac des Brenets, sur le Doubs… De plus, il est entaché d’une
réputation douteuse liée aux anciens entonnoirs qui s’y trouvaient. De
là sont nées de terrifiantes histoires de tourbillons dangereux, de lac
sans fond, etc. La réalité est toute autre. Ce lac ne présente aucun
danger ni pour la baignade, ni pour la navigation. Les entonnoirs ont
été bouchés par l’homme qui en a fait un bassin d’accumulation pour
l’usine électrique de La Dernier à Vallorbe. Il reste cependant le «
Grand Creux », gigantesque cavité où étaient jadis installées les forges
de Bonport, et qui est parfois rempli lors des crues pour faciliter
l’écoulement par les failles souterraines…"
Le dernier entretien et le dernier combier à se présenter dans
l'étude c'est M. Jean-Claude Truan :
"M. Jean-Claude Truan est vidéaste à Val TV, la chaîne locale de
télévision de la Vallée de Joux. Il est spécifié par l’intéressé qu’il
désire être nommé vidéaste pour des raisons bien spécifiques, qu’il
énoncera et rappellera à différents moments de notre entretien. M. Truan
est né à Vallorbe, il habite au Day, et travaille dans la Vallée.
Parlez-moi des interventions en tant que pêcheur d’événements :
inondation, sécheresse ou autre ? Récemment le lac est brutalement monté, le Brenet, jusqu’au terrain de
foot des Charbonnières. J’ai un jour filmé les plongeurs du club de plongée. Ils sont allés sous
la glace, je les ai filmés à la sortie de l’eau. J’ai voulu leur faire
filmer sous l’eau, j’aime mieux vous dire qu’il vaut mieux que le fond
du lac garde ses mystères. Ce n'est pas bien joli là au fond ! Le
dessous, que du chenit ! Jean-Claude Truan se souvient soudain qu’il a réalisé plusieurs films
qui ont trait à l’eau, il y a quelques années. Pendant qu’il prépare le
visionnement de deux sujets, il m’informe qu’il s’est essayé à la
musique sans savoir solfier, qu’il s’est essayé à l’aquarelle. Nous
regardons ensemble un petit film intitulé « Afin que l’homme vive »
réalisé à partir d’un poème écrit par une dame de Vallorbe. Le poème est
dit avec respect pour l’image comme pour le texte. Je découvre là trois
poètes assemblés. Les notes de la fin se décochent sur des images, en zoom arrière. Avant de nous séparer, Jean-Claude Truan s’exprime : « Le bon côté des
choses c’est que plus le sujet est difficile, mieux c’est. Si je faisais
tout le temps des sujets comme l’eau je finirais par me noyer ! »
À travers son texte, Claire-Lise Weick vient de nous léguer une étude qui est une chaleureuse
invitation dans la Vallée de Joux, pourtant effectuée, faut-il le
rappeler, durant un hiver 2005 qui "fut particulièrement rigoureux à la
Vallée et que la neige avait atteint une épaisseur depuis longtemps
inégalée."

Vue sur le lac
de Joux depuis chez Gianna
CONTENU :
88 pages A4, photos couleurs
COMMANDE :
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Juin 2005
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