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MAXIMILIEN BOVEY
Ecologie de la Broye
bilan et
projets pour Palézieux
Maximilien
Bovey est diplômé HES en Gestion de la nature. Après avoir effectué deux
mandats dans le domaine de la protection de la nature, l’un à la
karch et l’autre au Bureau
de la Protection de la nature et du paysage du canton de Fribourg, il
s’est tourné vers le cours de la rivière de la Broye pour son travail
d’étude à Eau 21. Voici un résumé de ses investigations :
S'il touche peu le
canton de Fribourg, ce cours d'eau est en revanche un élément important
du patrimoine vaudois. Il draine la fameuse Plaine de la Broye qui a vu
se développer les villes d'Oron, de Moudon, Lucens et Payerne. La Broye
est fortement endiguée dans son cours inférieur et soumise à des apports
considérables d’éléments nutritifs issus de l’utilisation agricole
intensive des terrains riverains. Elle présente un faible intérêt
écologique dans sa partie aval. Par contre, son potentiel de
revitalisation est important, mais les obstacles pour y arriver, à
grande échelle, sont nombreux (financement, réticence de la population
locale, etc.).
La Broye sourd en terre fribourgeoise en amont de Semsales, dans le
massif préalpin des Alpettes (1413 m). Elle se jette dans le lac de
Morat à Bellerive – Salavaux (VD) après un parcours de 67 km. Son
bassin-versant totalise une surface de 598 km2 et peut être
découpé en deux parties distinctes. La partie en amont, entre Semsales
et Moudon, est plus pentue et a conservé un lit assez naturel. Une fois
arrivée à la frontière entre les cantons de Fribourg et Vaud (Ecublens –
Vulliens), la Broye perd alors son côté naturel aux dépens d’un tracé
fortement corrigé où de nombreux endiguements ont été exécutés entre
1878 et 1948 afin de lutter contre les crues et prévenir les risques
d’inondation. La zone de l’embouchure est caractérisée par des dépôts de
sable fin, propice à une végétation aquatique.
Géologiquement, la Broye serpente sur un fond molassique, parfois
affleurant.
Comme beaucoup de cours d’eau suisses, la
Broye a été, sous la pression de l'agriculture, fortement canalisée,
rectifiée et endiguée au cours des deux derniers siècles. Elle ne
parvient plus à remplir ses fonctions naturelles. Une renaturation du
cours d’eau s’avère nécessaire, laquelle augmentera la qualité
écologique du cours d’eau et résoudra les problèmes actuels, tout en
gardant les améliorations obtenues par les interventions historiques. La
gestion du cours d’eau est rendue difficile par la délimitation
arbitraire des limites cantonales entre Vaud et Fribourg, qui tantôt
englobent une rive, tantôt les deux ; la Broye est littéralement
morcelée par ces deux cantons. Même si la collaboration est fructueuse,
les différences de bases légales et administratives ralentissent les
processus d’aménagement et de gestion des eaux.

La Haute-Broye sauvage
Le lit et les berges des
cours d’eau appartiennent au domaine public (DP) des eaux, dont les
seuls propriétaires sont respectivement les cantons de Vaud et Fribourg.
Les communes peuvent d'ailleurs être assez souvent propriétaires des
terrains riverains.
Une étude historique remontant jusqu’au début du siècle passé, complétée
par des relevés de terrain datant de 1988, a permis de reconstituer le
lit de l’Ancienne Broye, partiellement abandonné aujourd’hui. Pour
lutter contre les inondations, des rivières comme la Broye ont ainsi été
progressivement endiguées et corrigées selon le principe d’une
évacuation intégrale des crues. Aujourd’hui, on n’observe pas
d’inondation à proprement parler, le gabarit hydraulique s’avérant
jusqu'à présent suffisant. En général, la Broye, considérée comme un axe
principal d'évacuation de crues, possède une grande capacité
d'écoulement, même pour l'évacuation de la crue centennale. En outre, la
Broye alimente le système des trois lacs jurassiens où elle n’est qu’un
affluent mineur comparé à l’Aar qui domine ce système.
Toutefois, le risque d’inondations n’est
pas complètement éliminé. Les secteurs qui restent potentiellement à
risque au niveau des débordements concernent les localités de Lucens et
Payerne, d'après Petersdorff (2002), un entretien régulier de la
végétation des berges reste impératif pour garantir la capacité
d'écoulement.
« Outre les différents travaux de correction évoqués, Maximilien Bovey
nous parle également dans sa brochure de différents projets et études
élaborés dans le cadre de la protection contre les crues ainsi que de
l’élaboration des îles de Villeneuve dans le canton de Fribourg. »
La moyenne de la température de la Broye s'élève à 10.6°C, avec un
minimum autour de 0°C et des valeurs de pointe atteignant 27°C lors de
la canicule estivale de 2003. Dans le cours inférieur de la rivière,
lors d'étés chauds, les températures dépassent ainsi les valeurs
acceptables pour les salmonidés (truite de rivière et ombre).
La Plaine de la Broye fait partie des
zones agricoles de Suisse avec les plus hautes teneurs en nitrates et en
pesticides dans la nappe phréatique.
Les hautes valeurs de conductivité tournant autour de 500
mS/cm
comme les valeurs pour le carbone organique dissous (COD) laissent
supposer que de nombreuses substances issues de l'utilisation agricole
de terres riveraines arrivent à l'eau. Des drainages agricoles sont du
reste remis à l’enquête. La valeur-limite pour le COD d'après
l'Ordonnance sur la Protection des eaux (OEaux) de 4 mg/l est chaque
année dépassée plusieurs fois. Concernant l'azote – nitrates, ammonium,
nitrites – les normes fédérales selon l'OEaux sont plusieurs fois
dépassées pour l'ammonium et surtout les nitrites.
Des cas de pollution ponctuelle au mazout
nous ont été signalés par les communes de Palézieux et d'Avenches. Près
de l'embouchure de la Broye, au courant alors très lent, l'eau montre
des signes d'eutrophisation : algues filamenteuses, couleur brunâtre,
turbidité. Il faut également noter que les STEP rejettent dans la Broye
comme ailleurs des éléments polluants (médicaments, hormones issues de
pilules contraceptives, …) aux effets pervers et peu visibles d’emblée
sur la faune piscicole.
Aujourd'hui on retrouve néanmoins sur une bonne partie du cours de la
Broye des dépôts de diatomée (algue microscopique munie d'une enveloppe
siliceuse), source de nourriture minimale à nouveau disponible pour le
nase. Quant au cours amont, la qualité de l'eau est bonne à très bonne
d'après les données du SESA.
Pour ce qui est de la flore, dès Moudon, la forêt riveraine est le plus
souvent d’une grande pauvreté botanique et structurale, quand elle n'est
pas complètement absente. Les berges étant stabilisées en dur sur une
grande partie du cours, d'où un mauvais contact entre les milieux
aquatiques et terrestres, la flore présente peu d'intérêt au niveau
écologique et structurel. Toutefois, on peut signaler la présence
d'orchidées (protégées par la loi) en sommet de berge au niveau de la
commune de Lucens. Les ligneux existent exclusivement sous la forme de
plantations linéaires d’essences souvent atypiques (peuplier d’Italie).
A noter cependant que les rives fribourgeoises en aval de Moudon, moins
cultivées, ont souvent un véritable couvert boisé. On observe d’ailleurs
un contraste saisissant lorsque l’une et l’autre rive appartiennent
respectivement à Vaud et à Fribourg, notamment le secteur Henniez/Villeneuve.
Le cours amont, au régime torrentiel puis semi-torrentiel, est en
revanche très boisé, marqué successivement par des pessières (sources à
Semsales), des hêtraies-sapinières, puis des hêtraies. L'embouchure est
marquée par des roselières intéressantes surtout du point de vue
ornithologique. En revanche, la Broye abrite à ce niveau quelques
groupements de nénuphar jaune (Nufar lutea), espèce protégée. A
noter également quelques éléments de forêt alluviale.
Dès Moudon, on peut constater la présence, souvent massive, de plantes
exotiques envahissantes (néophytes) : solidage du Canada, renouée du
Japon et surtout impatiente glanduleuse. Ces plantes venues d'ailleurs
figurent sur une liste noire de la Commission suisse pour la protection
des plantes sauvages (CPS). Il n’est pas envisagé de prendre des mesures
pour l’instant. Introduite de l’Himalaya comme plante ornementale,
l'impatiente glanduleuse se naturalise facilement et forme des
populations denses et étendues. Elle élimine, du moins partiellement, la
végétation indigène. Sur la Broye fribourgeoise, aucune stratégie de
lutte contre les néophytes n’est établie pour l’instant, une répartition
des tâches restant à faire entre les différents services concernés par
le problème.

Villeneuve (FR) rive gauche,
Henniez (VD) rive droite
Sur la faune piscicole on peut dire qu’autrefois, la Broye abritait une
importante population de nases, espèce fortement menacée au niveau
suisse. Depuis l'importante pollution chimique survenue en 1960 à Lucens,
la population de nases n’a plus retrouvé ses effectifs d’antan. Dans les
années 1990, des tentatives de repeuplement, menées conjointement par
les Services de la faune des cantons de Vaud et de Fribourg, ont été
organisées à l’aide de poissons provenant de la Sarine, malheureusement
sans succès. Actuellement les causes exactes de ces échecs n’ont pas
encore pu être démontrées, mais les réflexions s’orientent vers des
problèmes liés aux matières en suspension provenant des drainages de
l’agriculture. Leur taux serait trop élevé ce qui causerait l’asphyxie
des œufs lors de l’incubation (Maillet, 2005).
De ce fait, les populations sont présentes uniquement sous forme
d’individus incapables de se reproduire naturellement et tendent donc à
disparaître. Le bureau WFN remet cette question d'actualité.
L’ensemble des espèces de la Broye est relativement bien compilé dans la
base de données du Centre Suisse de Cartographie de la faune (CSCF).
Entre 1964 et 2000, vingt-neuf inventaires ont été répertoriés avec un
total de vingt-trois espèces relevées sur le tronçon Avenches – Moudon.
Ces dix dernières années (1991 – 2000), on relève d’aval en amont
dix-sept, quatorze et neuf espèces.
En ce qui concerne les mammifères,
l’espèce
la plus emblématique de la Broye est sans conteste le castor, également
présent sur l'Arbogne. Des lâchers de castors ont été effectués sur le
cours de la Broye en 1972 et en 1975. Des plantations et quelques
aménagements ponctuels des rives peuvent être effectués afin d’augmenter
la population des castors. A ce sujet, des plantations de saules ont été
réalisées sur territoire fribourgeois lors de la revitalisation de la
zone alluviale. Un suivi de la population est effectué jusqu'en 2008.
Pour le moment, il a été constaté qu'une part des saules plantés sur des
berges broyardes a déjà été grugée par le castor.
La Broye n'est pas un cours d'eau très
prisé par le tourisme, représenté essentiellement par les promeneurs,
les cyclistes et les cavaliers. La Haute-Broye, bien que naturelle et
attrayante, est peu fréquentée, si ce n'est par les pêcheurs. La zone la
plus attractive, dans le secteur Maracon – Remaufens, n'est pour ainsi
dire pas aménagée pour le tourisme pédestre, qui lui préfère
vraisemblablement des sites proches comme le lac de Lussy (FR).
La berge fribourgeoise de Villeneuve à Fétigny est boisée et se prête à
la promenade plutôt qu’au cyclisme. Celui-ci est surtout pratiqué sur
les tronçons asphaltés de l'aval. Regula Binggeli, collaboratrice
scientifique au Bureau de la protection de la nature du canton de
Fribourg, remarque que dans la zone revitalisée de Villeneuve les
promeneurs et pique-niqueurs sont beaucoup plus nombreux qu’avant les
travaux de protection contre les crues et de revitalisation, signe que
le cours d'eau est devenu plus attractif dans ce secteur.
La baignade peut se pratiquer surtout dans des mouilles entre Maracon et
Ecublens (FR) où l'eau s'avère satisfaisante en qualité et en quantité.
Quant à la navigation, elle est possible à partir du pont de
Bellerive-Salavaux, soit environ 1 km avant l'embouchure dans le lac de
Morat.
Afin de connaître leurs attentes, des
questionnaires ont été soumis à l’ensemble des trente-cinq communes
riveraines de la Broye. Quinze ont répondu, soit près de la moitié,
certaines manifestant de l’intérêt pour notre démarche. Plusieurs
communes ont usé quelque peu de la langue de bois, quand elles ne
répondent pas avec légèreté, des communes du cours inférieur affirmant
que la qualité de l'eau ou des berges de la Broye sont bonnes alors que
des analyses détaillées le démentent. Il est même frappant de constater
l’ignorance de plusieurs interlocuteurs quant aux responsabilités
respectives des différentes instances administratives. La commune de
Moudon, parmi les plus importantes de la Plaine de la Broye, a refusé
d'entrer en matière, "faute d'intérêt". De même pour les grandes
communes de Payerne et Lucens. Sur les huit communes de la Basse-Broye
ayant participé à notre questionnaire, seule la commune de Domdidier
souhaiterait une amélioration des milieux riverains (reboisement).

La Basse-Broye navigable vers Bellerive-Salavaux
La commune de
Palézieux est celle qui a montré le plus d’enthousiasme et de sincérité
à répondre à notre questionnaire. Après soumission du questionnaire à la
commune de Palézieux et discussion avec les municipaux Christian Bays et
Sylvain Dovat, plusieurs éléments à retenir sont apparus :
-
La commune
s’occupe de l’entretien des berges.
-
Les débits sont
très faibles à l’étiage estival, par contre énormes en cas de pluie
(crues rapides et violentes). La raison principale est la présence
de quelques affluents (Mionne, Biorde), et surtout l’infiltration à
l’amont insuffisante : « tout à l'eau claire ». Un bassin de
rétention (seul le trop-plein irait à la rivière) serait une
solution à étudier, sans quoi une crue violente pourrait détruire
des frayères.
-
Un affaissement
potentiel de berges au niveau du stand. Il présente peu de risques,
le bâtiment de tir étant situé assez en retrait par rapport à la
berge.
-
Les structures
d’accueil pour le public devraient être améliorées : la liaison
Golette – Condémine remontant jusqu'à la gare pour relier
Palézieux-Village et Palézieux-Gare ; le sentier étroit de la
"Plage" de la Battue ; la présence d'une voie romaine ; la jonction
envisageable avec la commune d'Oron (bois du Chaney).
-
La commune
n’estime pas envisageable le VTT sur les bords de la Broye.
-
La commune serait
favorable à l’aménagement d’une signalétique d’information et de
présentation du site, comme de places aménagées. Toutefois, il n'y a
pas pour l’instant de budget à cet effet. Palézieux s'inscrit dans
une région en quête d'identité, dans un district voué à disparaître,
d'où une image forte à trouver, dans un esprit de tourisme doux.
-
Une agriculture
soumise aux "prestations écologiques requises" (PER) sur les berges.
-
L’amélioration de
la rétention ou de l’infiltration en amont. Le plan général
d'évacuation des eaux (PGEE) est étudié par le bureau Monnard à
Châtel-Saint-Denis. A travers ce bureau d'ingénierie, une
collaboration régionale existe entre les communes concernées
(participation financière de chacune).
-
L'entreprise
pharmaceutique Robapharm SA, représentant le seul risque majeur au
niveau des pollutions, est cependant très attentive au traitement de
ses eaux (dégraissage à l'acétone, elle-même récupérée). Le SESA a
organisé le cadastre Hydrostep des pollutions potentielles. Analyses
chaque année.
-
Si la Broye
elle-même est propriété de l'État, les parcelles riveraines
appartiennent tantôt à la commune, tantôt à divers propriétaires
privés.
Améliorer et valoriser dans
la mesure du possible l'infrastructure pédestre et le potentiel
écologique de la commune de Palézieux, mettre en avant ses spécificités,
qui passent le plus souvent inaperçues aux yeux du passant pressé,
serait l'occasion d'amorcer une dynamique de tourisme vert dans une
commune, voire même une région, peu visitée bien que proche de grands
pôles urbains (Lausanne, Vevey – Montreux, Moudon).
« Dans l’opuscule, M. Bovey nous décrit alors quelques objectifs,
principes et mesures pour cette commune vaudoise riveraine de la Broye.
Il s’agit de lieux de promenades, des mesures éco-touristiques et d’un
avant-projet technique d’aménagement piscicole axés autour de cette
rivière. »

Le Martinet sur le territoire de
la commune de Palézieux
« Comme dans la plus grande partie des études menées dans le cadre d’Eau
21 des interviews ont été réalisées. Maximilien Bovey s’est donc
entretenu avec deux personnalités concernées de très près par la Broye
et dont quelques questions et réponses ont été retenues ci-dessous : »
Le
1er décembre 2005 nous avons rencontré à Payerne Pascal
Rapin, chef du secteur 2 de la division économique hydraulique du SESA,
qui a bien voulu nous expliquer ses responsabilités en tant que voyer
des eaux.
Pascal Rapin et
Maximilien Bovey
Vous
collaborez avec différents partenaires (inspecteurs forestiers, usagers
du domaine public, gendarmes, associations, voirie, inspecteurs de la
pêche, …). Comment se passe cette collaboration, existe-t-il des litiges
?
En ce qui concerne la gestion des cours d'eau, il n'y
a pas à proprement parler de litiges mais plutôt des discussions. Ces
cours d'eau sont eux-mêmes distingués selon deux catégories : la
première concerne ceux qui sont corrigés, entièrement à charge
d'entretien de l'État, pour lesquels nous disposons d'équipes de
cantonniers et d'un budget ; la deuxième catégorie, les cours d'eau non
corrigés, est sous surveillance et à charge d'entretien des communes.
Néanmoins, le canton reste cependant le principal organe de surveillance
des travaux en cas d'intervention en rivière. Nous discutons des travaux
à entreprendre, donnons les autorisations et versons les subventions. La
collaboration avec les communes est plutôt bonne du moment que les
subventions dont elles bénéficient sont généralement bien accueillies !
Quels sont vos rapports avec les agriculteurs, parmi les principaux
usagers riverains de la Broye ?
Relativement bons, ce qui n’exclut pas quelquefois certaines
confrontations avec des agriculteurs peu soucieux des normes ! Il y a
quatre ou cinq ans, nous avions dû intervenir avec les gendarmes et
séquestrer une pompe suite à des prélèvements illicites… Parfois j'ai dû
personnellement accompagner le garde-pêche pour certaines interventions.
Néanmoins, ces incidents relèvent souvent d’une simple ignorance des
lois en matière de protection des eaux.

Confluence avec la Petite Glâne
L'impatiente glanduleuse, plante
exotique invasive, est très représentée sur une grande partie des berges
broyardes. Dans une moindre mesure, la renouée du Japon et le solidage
du Canada. Qu'en est-il actuellement sur le canton de Vaud ? Y a-t-il
une volonté d'éradiquer ces espèces ?
C'est pratiquement impossible, d'autant
plus qu'il y a chaque année une grosse charge de graines dans le
terrain. A ce propos, 2005, troisième année sèche de suite, aura été
particulièrement faste ! Le faible enracinement de ces plantes fait
qu'elles sont facilement arrachées lors de crues. Or, comme nous n'avons
plus eu de crue depuis trois ans, cela explique les grandes colonies
observées cet été. Malgré une coupe avant la floraison, on retrouve ces
plantes l'année suivante. Actuellement, un cantonnier prend à cœur de
s'occuper de l'entretien des berges touchées par ces espèces. Ces
plantes très hautes étouffent les autres espèces d'une part. D'autre
part, elles disparaissent totalement l'hiver et laissent les berges à
nu, alors plus facilement sujettes à l'érosion. Même un reboisement ne
l'éradiquerait pas complètement ; elle pousse même parmi les saules
présents sur certaines rives de la Broye !
Comment gérez-vous le fauchage des
berges ?
Concernant la végétation des berges en
général, nous fauchons en principe à partir du 15 juin, selon les normes
fédérales. Le foin est en fait récolté par les agriculteurs auxquels
nous louons des parcelles, déclarées comme surfaces de production
intégrée (PI). Pour certaines zones d'intérêt botanique, notamment la
région de Lucens, riche en orchidées, nous demandons aux paysans de ne
pas faucher avant le 15 juillet. Ainsi, certaines négociations peuvent
se faire au niveau de l'entretien des rives. Ces prairies à orchidées
sont maigres car tout apport d'engrais est interdit à proximité d'un
cours d'eau. En outre, l'exportation de la litière renforce cette
pauvreté en nutriments.
Comment jugez-vous la qualité de l'eau de la Broye ?
Assez inquiétante. Depuis 1921, nous n'avons jamais eu aussi peu d'eau
dans la Broye au mois de novembre. Presque comme 2003, année très sèche,
nous accusons un fort déficit. 2004 fut une année de léger déficit. Sur
ces trois ans, il manque à peu près une année de précipitations. Par
ailleurs, il faut noter que plus la quantité d'eau est faible, plus la
concentration en polluants est élevée.
Estimez-vous que la Broye, en tant que rivière, reçoit toute
l'attention nécessaire des collectivités locales ?
Oui, je dirais que les collectivités y sont plutôt sensibles, du moins
en ce qui concerne l’aspect touristique que représente la Broye.
Certaines rives sont du reste très fréquentées (vélo, tourisme
pédestre).
Depuis 1995, il existe à l'Ecole d'ingénieurs de Lullier (GE) une
formation d’ingénieur en gestion de la nature. Pensez-vous que cette
nouvelle profession est pertinente, face aux besoins d’aujourd’hui ?
Je pense que c’est une très bonne formation. Je connais personnellement
quelques personnes issues de cette école qui n’ont toujours pas trouvé
de travail ou alors seulement des mandats temporaires. Il y a
visiblement peu de débouchés, d'autant plus qu'aucun crédit n'est
actuellement débloqué par les communes ou les cantons en vue de créer de
nouveaux postes. Pourtant, cette formation pourrait être utile à
l’administration. S’il y avait idéalement la possibilité d’engager des
personnes issues de l'HES de Lullier, nous leur confierions des tâches
similaires à celle de chef de secteur ou d’adjoint.
Y a-t-il eu des suppressions de postes importantes au sein de votre
administration ?
Dans tout le service des eaux, trois unités ont été supprimées sur une
centaine de personnes. Il faudrait diminuer les standards d’entretien ou
rendre des tronçons corrigés à charge d’entretien des communes pour
réduire encore le personnel au niveau des cantonniers, ce qui n'est
heureusement pas prévu. Avant la mécanisation, il y avait le même nombre
de cantonniers qu’aujourd’hui, seulement la quantité de travail a
augmenté. Par exemple, les cours d’eau remis à ciel ouvert ont été
considérés comme corrigés et mis à la charge du canton.
Après
avoir rencontré le responsable vaudois pour la Broye, nous avons
souhaité connaître le point de vue fribourgeois en matière de gestion de
cours d'eau. C'est la raison pour laquelle nous avons contacté Olivier
Overney, chef de la Section lacs et cours d’eau du Service des ponts et
chaussées de l’Etat de Fribourg, qui a bien voulu nous recevoir le 7
décembre 2005 dans ses bureaux à Givisiez.
Pourriez-vous nous préciser quelles sont les différentes activités de
la Section lacs et cours d'eau ?
La première et principale
tâche de notre section est l'aménagement des cours d'eau, la protection
contre les crues et la revitalisation. Dans le canton de Fribourg, ce
sont les communes qui agissent comme maître d'ouvrage, soit directement,
soit par l'entremise d’entreprises d'endiguement. Nous sommes l'organe
qui conseille et prépare les demandes de subvention. Ensuite, nous nous
occupons de tout ce qui touche aux débits résiduels des divers cours
d'eau. Notre organisme traite également de la gestion du domaine public
des eaux. L'État, en tant que propriétaire, est impliqué dans les
concessions et les autorisations de prélèvement des eaux de surface.
Nous délivrons des préavis dans le cadre des demandes de permis de
construire en matière de police des eaux. La section emploie
quatre ingénieurs, trois dessinateurs (pour un équivalent de postes à
plein-temps de 240%), deux secrétaires (pour un équivalent de 150%).
Y a-t-il eu des événements de crue
catastrophique dans le canton de Fribourg cet été 2005, comme ceux que
l’Aar a connus ?
La Broye nous a "déçus" sur ce point, la crue s'est avérée insuffisante
pour déborder dans la zone d’inondation que nous avons créée à
Villeneuve ! Par contre sur la Sarine et certains de ses affluents, il y
a malheureusement eu des dégâts. Mais cela relevait davantage d'un
sérieux avertissement que d'une crue destructrice, si l'on excepte deux
secteurs. Il s'agit d’un événement d'un ou deux ordres de grandeur
inférieurs à ce qui s'est produit en Suisse centrale.
Est-ce que votre canton y est
préparé ?
Le canton de Fribourg a terminé une carte des dangers pour tout le
périmètre préalpin. Ainsi, nous savons où sont les points faibles que
nous sommes en train de corriger. Nous avons donc une bonne vision
d'ensemble des différents problèmes à résoudre. Par contre, le temps que
les mesures nécessaires soient mises en place, nous ne sommes pas à
l'abri d'un événement de crue destructeur. Seulement, nous savons où il
pourrait se produire. Faire quelque chose de concret sur le terrain est
à l'évidence une affaire de temps.
Avez-vous pris des dispositions pour
évacuer des habitants et éventuellement du cheptel des zones sensibles ?
Nous avons soumis la carte des dangers aux communes concernées. Sur
cette base, il est clair qu'une prise de conscience du problème est
nécessaire de la part des autorités locales. Après, c'est à elles de
prendre les mesures idoines avec l’aide du canton.
Et les agriculteurs, est-ce une
collaboration parfois complexe, comme dans la Broye vaudoise ?
Les agriculteurs représentent une partie des riverains auxquels nous
avons à faire. Pour l'ensemble du canton de Fribourg, je ne dirais pas
que la collaboration est difficile. Cependant, le contexte de la Broye
est assez particulier : il s’agit d’une agriculture dite intensive. D'où
une forte pression des cultures sur le cours d'eau et des besoins en eau
accrus, qui se traduisent par de nombreux pompages. D’autres régions,
comme la Gruyère, posent elles peu de problèmes à ce niveau.
L'agriculture intensive, en tant que mode d'exploitation, est prise dans
une spirale infernale. Concernant les grandes cultures de pomme de
terre, ce n'est pas tant la quantité de tubercules qui est "dopée", mais
le niveau de qualité. L'arrosage soutenu de ces pommes de terre a pour
but d'obtenir des tubercules suffisamment longs et rectilignes pour
faire des frites bien calibrées !

La Broye à Écublens (FR)
Comment percevez-vous la stratégie
fédérale en matière de cours d'eau ?
Sur les principes, j'y suis favorable, car elle tend à donner une
priorité aux moyens de prévention par la planification, pas seulement en
matière de cours d'eau, mais dans tous les domaines des dangers
naturels. Il est vrai que les bureaux d'ingénieurs ne sont pas très
heureux de cette situation ; ils préféreraient réaliser directement des
projets concrets, plutôt que de devoir agir sur des plans
d'aménagements, des cartes de dangers et de définition d'espaces
nécessaires à différents cours d'eau.
Ce n’est donc guère satisfaisant ?
Nous sommes loin du compte. En outre, il reste tentant à court terme de
ne pas respecter ces stratégies, et de laisser construire n'importe où.
Ceux qui devraient réagir à cette situation sont les établissements
cantonaux d'assurance. Il faut toutefois admettre que le passage d’une
stratégie de protection à une stratégie de prévention demande du temps
et de l’énergie.
Et pour ce qui concerne le canton de Fribourg ?
J'ai l'impression que le canton de Fribourg a fait figure de "bon
élève". Il est vrai qu'après l'événement pour le moins embarrassant de
Falli Hölli le canton de Fribourg a dû revoir sa politique en matière de
prévention.
Depuis
1995, il existe à l'Ecole d'ingénieurs de Lullier (GE) une formation
d’ingénieur en gestion de la nature. Cette nouvelle profession est-elle
pertinente, face aux besoins d’aujourd’hui ?
Je connais un peu cette formation puisque nous avons accueilli un
stagiaire dans le cadre de son travail de diplôme (projet de
revitalisation de cours d'eau). Je pense que c'est une bonne formation,
mais le problème concerne le nombre d'étudiants qui sortent chaque année
par rapport à l’offre du marché. S'il s'agit de quinze à vingt-cinq
personnes à placer tous les ans dans l'arène romande, cela me semble
très difficile, surtout dans le domaine de la gestion de la nature ! Il
y a bien sûr des bureaux privés susceptibles d'être intéressés par ce
genre de profil, mais le marché reste dans tous les cas exigu.
En guise de conclusion, comment voyez-vous l’avenir de la gestion des
cours d'eau au niveau suisse et fribourgeois, tant en ce qui concerne la
protection contre les crues que la conservation de la nature ?
Je pense que nous allons vers une amélioration. Nous sommes partis d'une
situation quasi calamiteuse dans les années soixante, au niveau de la
qualité des eaux. Des investissements ont été faits pour construire
partout des stations d’épuration, un progrès énorme. Selon moi, le grand
combat des prochaines années sera les questions d’espace, tant pour la
protection contre les crues que pour la revitalisation. La perspective
est moyennement bonne. L'agriculture perd du terrain, notamment dans les
alpages au profit de la forêt, et en plaine vis-à-vis de la zone à
bâtir. Alors acceptera-t-elle encore de perdre des surfaces au profit
des cours d'eau ? Ce sera le grand enjeu de la planification des
terrains. Cela dit, il n'est pas forcément nécessaire d'acheter des
terrains contrairement à l'idée reçue. Tout peut se jouer lors de la
mise en zone.

Le pont autoroutier de Saint-Aubin (FR)
CONTENU :
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Décembre 2005
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