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MARIA CRISTINA MOLA
Découverte de milieux humides
de la Vallée de Joux
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La biologiste Maria Cristina Mola est une passionnée de la nature mais
elle a eu un coup de cœur pour les milieux humides de la Vallée de Joux
comme le prouvent ses deux publications les concernant. Nous insérons
ci-dessous quelques-uns des textes de son premier volet qui est consacré
principalement à une étude généralisée de la Vallée. Après un court
paragraphe sur l’histoire elle nous décrit les principales industries
qui ont ou ont eu une importance pour les Combiers.
Après le bois c’est naturellement l’horlogerie qui draine le
plus de mains-d’œuvre. Il y a également la fabrication du
Vacherin, ce fromage à pâte molle fabriqué depuis une
centaine d’années.
Autrefois il y avait l’industrie de la glace du Lac Brenet exploitée par la Société des Glaces de la Vallée de
Joux qui pouvait extraire jusqu’à 100'000 tonnes par an. Une autre
industrie fut florissante dans la Vallée, surtout lors de la Seconde
guerre mondiale, celle de la tourbe. |
Qui dit tourbe
dit tourbière ou haut marais, c’est d’ailleurs le principal sujet du
troisième chapitre de l’étude dont voici de larges extraits :
Le profil des
tourbières est toujours convexe et s’élève généralement au-dessus des
prairies environnantes de quelques dizaines de centimètres, ceci leur a
valu l’appellation de « haut marais » ! La tourbière se profile comme
une vaste étendue de monticules peu élevés, séparés par des petits
points d’eau stagnante peu profonds. Le haut marais n’est pas en contact
avec la nappe phréatique et pourtant il est toujours gorgé d’eau.
Celle-ci provient en totalité de l’eau de pluie. Dans les tourbières, le
végétal qui domine, et qui est considéré comme plante génératrice de la
tourbe par excellence, est la sphaigne, une mousse ! Il existe plusieurs
espèces de sphaigne en Suisse, on en trouve une trentaine dont douze
sont liées exclusivement aux hauts marais.
Ce qui est très
étonnant et exceptionnel dans la nature, c’est que les tourbières
édifient leur propre substrat de croissance, presque exclusivement à
partir de biomasse morte, des sphaignes et des autres organismes vivants
qui colonisent la tourbière et non pas à partir de substrat d’origine
minérale. Dans de bonnes conditions, l’accroissement maximal de la
tourbe en Suisse est d’un millimètre par an. Les hauts marais, dont la
tourbe atteint plusieurs mètres de haut, sont vieux de plusieurs
millénaires ! Donc, des grandes tourbières sont des monuments
historiques ! L’épaisseur des tourbes qu’on trouve dans la nature varie
entre quelques décimètres et une dizaine de mètres et elle n’est pas
forcément proportionnelle à la durée du dépôt.
Ancienne tourbière
La vitesse d’accumulation
dépend de plusieurs facteurs et est très variable d’un site à l’autre.
La plupart des dépôts de tourbe est postérieure à la dernière glaciation
du Würm, il y a 11'000 ans.
Mais pourquoi
les parties mortes des végétaux s’accumulent-elles au lieu d’être
décomposées ? Le haut marais est un milieu gorgé d’eau, ce qui empêche
l’oxygène de bien se dissoudre. Les décomposeurs (bactéries, vers de
terre et champignons) manquent et la matière ne peut ainsi pas être
dégradée. Le reste des végétaux reste sur place et s’accumule, ce qui
donne une origine à la tourbe. Tant que les végétaux ne sont pas
décomposés, les minéraux ne sont pas libérés dans le milieu et ne
peuvent donc pas servir à la croissance d’autres plantes. L’unique
source de substances nutritives vient des précipitations qui sont,
d’ailleurs très pauvres. Mais ce n’est pas fini, car les sphaignes sont
très malignes ! En effet, pour pouvoir obtenir les rares substances
nutritives présentes dans le haut marais, elles sécrètent en échange des
ions H+ (ce qui acidifie le milieu). Les sphaignes sont donc
responsables de l’acidité des tourbières, de la pauvreté en oxygène et
en éléments nutritifs des hauts- marais.
Ce qui
caractérise également les tourbières est un climat froid, par la
présence permanente d’eau et d’un fort rayonnement de chaleur. On est
donc en présence d’espèces qu’on trouve normalement dans les régions
nordiques. Mais comment explique-t-on le fait qu’elles se retrouvent
dans nos latitudes ? Comment ont-elles pu venir jusqu’ici ? Le vent
suffirait-il à amener les graines sur de si longues distances ?
Peut-être…, mais la plupart des botanistes soutiennent l’hypothèse d’une
origine arctique pour les espèces communes à la zone circumpolaire et
aux tourbières. À une époque ancienne, les glaciers des Alpes arrivaient
jusqu’au nord, bien au-delà des limites odiernes. Les glaciers arctiques
eux descendaient vers le sud pour atteindre le nord de l’Allemagne. Ces
derniers auraient refoulé devant eux les composants de la flore
arctique, lesquels auraient ainsi pu habiter la zone intermédiaire
comprise entre le front des glaciers arctiques et alpins, à savoir le
centre de l’Allemagne. À cette époque, cette région devait connaître un
climat humide et froid, un climat glaciaire. Lors du retrait des
glaciers, ces végétaux, en retournant vers le nord, reprirent possession
de leurs anciens territoires. Dans leur recul ils auraient suivi les
glaciers alpins, pénétré en Suisse, mais ne se seraient conservés que
dans les localités qui pouvaient leur offrir les mêmes conditions
d’existence que leur lieu d’origine… Quoi de mieux que les tourbières !
Donc, des plantes des régions nordiques, reliques des périodes
glacières, ont pu survivre à nos latitudes grâce aux tourbières. Ces
dernières ont été détruites en masse, et avec elles ces
plantes des régions froides ! Ne trouvez-vous pas que l’on a perdu ainsi
un grand patrimoine, et que l’on continue de le perdre ?

Derrière l'Etang du Campe
Comme on l’a dit
plus haut, la tourbe s’accumule couche sur couche et, par l’oxygène et
l’acidité, la matière organique est très mal décomposée. Les organismes
se conservent donc pendant des siècles. Ce qui veut dire que par exemple
des grains de pollen ou des animaux, pris dans la matrice de la tourbe,
restent intacts pendant des milliers d’années. Imaginez qu’au Danemark,
on a même trouvé dans la tourbe des cadavres momifiés ! On peut ainsi se
faire une idée des espèces qui colonisaient la terre à chaque dépôt de
couche, la période pouvant être datée grâce au carbone 14. Ceci a permis
d’éclaircir beaucoup de questions quant à la composition floristique
d’une période, la recolonisation forestière, etc. La tourbe est aussi un
coffre-fort des évènements qui ont eu lieu dans la région environnant la
tourbière. Les perturbations géologiques, la modification du climat,
l’histoire de la végétation et des activités humaines ne sont que
quelques-uns des événements stockés dans la structure de la tourbe. Par
exemple, un phénomène d’inondation est marqué par des sédiments
sablo-vaseux, puis par de la tourbe noire à roseaux. La lecture du
profil d’une tourbe donne ainsi beaucoup d’informations, le seul
problème est d’apprendre à déchiffrer ce message codé !
Demandez à vos
grands-parents ou à vos arrières grands-parents s’ils ont travaillé dans
l’exploitation de la tourbe ou s’ils en ont entendu parler. Je suis
prête à parier que beaucoup d’entre eux auront beaucoup d’histoires à
vous raconter. Mais qu’en faisaient-ils ?
La tourbe, appelée
aussi charbon des pauvres ou bois souterrain, est un très bon
combustible qui brûle très lentement à cause
du tassement de la matière organique très peu décomposée. Elle dégage
plus de chaleur que le bois mort ! Son pouvoir calorifique est élevé :
4'400 kcal par kilo pour la tourbe et seulement 3'600 kcal par kilo pour
le bois de hêtre sec. Mais pourquoi utiliser la tourbe à la place du
bois ? Pouvez-vous imaginer qu’une pénurie de bois se manifesta en
Suisse au XVIIe siècle déjà ? J’ai personnellement de la
peine à le concevoir. On coupa beaucoup de bois dans les forêts pour
l’utiliser comme combustible, pour les matières premières et pour
libérer de l’espace pour les pâturages. La population et l’industrie
étaient en pleine expansion et ceci augmentait les besoins en
combustible. C’est ainsi qu’on s’est orienté vers les gisements de
tourbe. Et lorsque l’homme exploite quelque chose, il le fait,
malheureusement, jusqu’au bout. L’extraction s’intensifia lors de la
Première Guerre Mondiale et davantage encore lors de la Seconde.
Importer du combustible fossile de l’étranger était impossible pendant
cette dernière à cause de la fermeture des frontières. Pendant ces deux
guerres, on a eu besoin de beaucoup de combustible, non seulement pour
le chauffage, mais aussi comme carburant pour les trains à vapeur, les
industries, etc. Beaucoup de gens avaient une petite tourbière dont ils
extrayaient la quantité nécessaire à leur propre consommation. On a
ainsi détruit en quelques centaines d’années le travail que la nature
avait accompli pendant des milliers d’années ! Mais à l’époque on ne
parlait pas encore d’écologie et on ne connaissait pas les effets
néfastes de tels actes. Les hommes avaient besoin de combustible pour
pouvoir survivre et c’est compréhensible qu’à ce moment-là la nature
passe au deuxième plan. À partir de fin 1946, les importations de
combustible ont repris petit à petit, et la tourbe de la Vallée de Joux
n’a plus été exploitée. Mais celle-ci aura permis la formation de
nouveaux étangs. En effet, certains fossés vidés de leur tourbe se sont
remplis d’eau de pluie et plusieurs d’entre eux sont devenus des
habitats faunistiques et floristiques de grand intérêt. Ceux qui n’ont
pas été remplis d’eau, ou qu’on n’a pas laissé se remplir, se sont
comblés.

La Tourbière de Derrière-la-Côte
à la Vallée de Joux
Nous avons pensé qu’il
serait très utile d’interviewer des personnes qui avaient travaillé dans
les tourbières pendant la Seconde Guerre Mondiale. Ce métier n’existant
plus de nos jours, cet entretien est un répertoire historique de valeur.
Grâce à l’aide de Jean-Pierre Devaud, nous avons pu organiser le 3
octobre 2005 une table ronde qui s’est révélée très intéressante. Il y a
eu six intervenants qui tous habitent à la Vallée de Joux : Daniel Capt,
Léon Conus, Jean-Paul Guignard, Maurice Mollet, Charles-Hector Nicole et
Charly Rochat (ChR).
Pouvez-vous nous expliquer le
processus de l’extraction de la tourbe jusqu’à son utilisation ?
ChR :
Il y avait plusieurs personnes qui travaillaient à la pelle dans la
fosse. Ils jetaient les morceaux de tourbe dans une machine qu’on
appellait la malaxeuse, dont le tapis roulant descendait à 5 ou 6 mètres
de profondeur. Elle malaxait, broyait et comprimait la tourbe, ce qui
permettait d’extraire l’eau. Il en sortait de la tourbe sous forme de
trapézoïde continu qui arrivait sur des planches de 1 mètre de long. Une
femme ou un homme coupait, au fur et à mesure, des morceaux, le plus
régulièrement possible.

Nous prenions
les morceaux que nous mettions sur des wagonnets pour les conduire dans
les champs les faire sécher. Au bout de quelques jours, les briquettes
étaient retournées par des femmes et des enfants. Une fois qu’elles
commençaient à prendre croûte et à durcir, elles étaient amassées en
lanternes bien aérées, ce qui permettait de les sécher le plus vite
possible. Une fois séchées, les briquettes étaient à nouveau remises
dans des wagonnets. Au bord de la route, se trouvait une rampe qui
arrivait à la hauteur du camion. Il existait un système de bascule pour
verser les briquettes sur les ponts des camions. Ces derniers
descendaient jusqu’à la gare du Sentier où il y avait un quai de
chargement. Ils reculaient à hauteur des wagons et y basculaient la
tourbe.
Ouvriers chargeant des wagonnets
© Louis Mercier
Etait-ce très fatigant ?
Réponse
collective (RC) :
Tant que les
gens alimentaient la malaxeuse, il n’y avait pas d’arrêt possible.
C’était assez fatigant. Alors, de temps en temps, quelqu’un faisait un
petit signe aux pelleteurs, qui étaient au fond, pour qu’ils insèrent
une came dans la machine. Il s'agit de racines extrêmement dures,
conservées dans la tourbe. Ceci bloquait la machine, ce qui nous
permettait de nous reposer pendant 5 minutes !
Combien de gens travaillaient
dans la tourbière ?
RC :
En principe des équipes de 5 à 10 personnes, des adultes, qui étaient
vraiment à l’extraction. À la malaxeuse, une femme ou un homme. Aux
wagonnets 3 à 4 conducteurs. En plus, il y avait des ouvrières et des
ouvriers qui travaillaient à la tâche, selon les besoins de
l’extraction. Il s'agissait de femmes et de jeunes de l’endroit. Il y
avait aussi un responsable qualifié. On n’avait pas besoin de beaucoup
de monde sur un chantier. Nous avions une machine, donc l’extraction se
faisait en majorité mécaniquement, seule une petite partie se faisait à
la main. À la tourbière des Crêtets, qui était plus perfectionnée, la
machine réussissait à creuser dans la tourbière et conduire la tourbe,
dans une sorte de tapis roulant, jusqu’à la malaxeuse. Cela ne
ressemblait pas à une pelleteuse mais plutôt à une énorme vis.

Lanternes de briquettes de
tourbe en assèchement © collection J.-P. Devaud
Qui étaient ces
travailleurs ? D’où venaient-ils ?
RC :
La main-d’œuvre à l’extraction était de tous bords ! Des chômeurs, des
personnes qui suivaient les chantiers, des repris de justice, des
prisonniers, des internés, des travailleurs agricoles, des Italiens, des
Russes, des Chinois, ils étaient tous placés pour travailler dans la
tourbe, ils ne choisissaient pas. Il y avait beaucoup de gens qui
n’avaient pas de métier et prenaient n’importe quel travail.
Combien gagnait-on de
l’heure ? Trouviez-vous que c’était bien payé ?
RC : Entre 70 centimes et 2 francs de l’heure, la
paie dépendait de l’âge du travailleur et du type de travail effectué,
mais pas du sexe. Hommes et femmes avaient le même salaire ! L’égalité
existait à l’époque ! C’est depuis que ça s’est gâté ! Les gens qui
travaillaient à la tâche étaient payés au m2. Les gamins qui
travaillaient dans la tourbe gagnaient 70 centimes de l'heure. Ceux qui
étaient au fond de la fosse méritaient quand même un peu plus que ceux
qui étaient au sec. Même si c’était aussi très pénible pour ceux qui
travaillaient aux wagonnets. A plat cela allait, mais lorsqu’il fallait
monter les briquettes, c’était très lourd, elles n’étaient pas en
plastique !
Travailliez-vous tous les
jours ?
RC :
Nous
travaillions 6 jours sur 7, le samedi matin jusqu’à 11 heures, le
dimanche était le jour de repos. Pas le temps de dépenser l’argent que
nous gagnions ! Les seuls moments où on ne travaillait pas, c’était
lorsqu’il pleuvait, et en hiver. On travaillait de fin mai à fin
octobre, au maximum 6 mois.
Combien d’heures
travaillait-on ?
RC :
En général
10 heures par jour : de 7h. à 12h. et de 13h. à 18h. Mais les gens qui
retournaient toute la tourbe étendue pour la mettre en lanternes
travaillaient à la tâche. Certains commençaient à 5 heures du matin et
travaillaient jusqu’à la nuit. Le travail dans les tourbières était très
pénible. Quand on est dans une fosse, que le soleil tape avec la
réverbération de l’eau sur la tête, c’est comme au bagne. Pour cette
raison, on est très contents de raconter ce qu’on a vécu. C’était
vraiment très dur. Le soir, surtout les premiers jours, on arrivait à la
maison et il n’y avait pas besoin de nous pousser pour aller au lit !
Les femmes
travaillaient-elles aussi, quel rôle avaient-elles ?
RC :
Les femmes devaient couper le rouleau de tourbe qui sortait de la
malaxeuse, tourner les briquettes, faire les lanternes et elles
travaillaient aussi à la cantine.

Les femmes
élevaient les lanternes pour assécher la tourbe ©collection J.-P. Devaud
Quelle était la
quantité de tourbe extraite par jour ?
RC :
Depuis 1940 – 1941, Les statistiques de tonnages disent qu’au début
étaient extraites 11'000 à 12’000 tonnes de tourbe. Après cela a passé à
17'000, voire 27'000 tonnes au maximum. Puis, la production est
descendue à environ 8'000 à 10'000 tonnes. Mais il s'agit d'un tonnage
global, on pouvait aussi rencontrer d’autres matériaux, comme le bois ou
la ferraille. C’est très difficile de dire combien de tourbe était
produite par jour. En tout cas, il y avait un wagon qui partait le
matin, puis un autre à midi. Donc, il y en avait au moins deux, voire
plus par jour, et ceci tous les jours. C’étaient des wagons de
marchandise comme on les connaissait, ouverts. Après la guerre,
l’exploitation de la tourbe a continué mais à un autre niveau. C’était
le « charbon » de la Vallée de Joux. Chaque particulier avait sa tourbe,
qu’il exploitait à la pelle, et la rentrait à l'automne dans le local
pour se chauffer. C’était notre charbon.
Dans quel but la tourbe
était-elle utilisée ?
RC :
Toute cette tourbe descendait en ville pour remplacer le charbon, elle
était complétée par des pives des sapins. Ces pives étaient ramassées
dans les bois. Sèches, ou pas, on en remplissait aussi des wagons.
Pendant la guerre, il n’y avait plus de charbon qui entrait chez nous.
On a donc été obligé d’extraire la tourbe pour se chauffer.
Est-ce qu’on savait à ce
moment-là qu’on était en train de détruire, en quelques années, un
énorme patrimoine, qui s’était formé sur des milliers d’années ?
RC :
Non, pas à l’époque, nous n’avions pas cette conscience. Les besoins
étaient notre principale préoccupation. Il y avait la nécessité de
vivre. Les sagnes du Sentier ont été défrichées pour faire place au plan
Wahlen (libération de terres pour les cultures). Il était nécessaire que
les familles aient la possibilité d’avoir un coin de terrain pour
cultiver des légumes. Il n’y avait pas d’écologistes à l’époque !
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Jeannine Rainaud

Luis-William Meyland |
Après une interview de Pierre Hunkeler sur le rôle de Pro
Natura Vaud sur les lieux humides, Maria Cristina Mola s’est
rendue le 3 novembre 2005 à la Maison de commune du Sentier
pour y rencontrer Jeannine Rainaud (JR), syndic de la
commune du Chenit, et Luis-William Meylan(LM), responsable
des eaux de cette même commune dont dépend l’étang du Campe.
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Est-ce une lourde charge que
celle de municipal des eaux ?
LM :
Je pense qu’il faut être dynamique, avoir envie d’être actif, parce que
le secteur de l’eau demande sans cesse une surveillance. En particulier,
je n’ai d’ailleurs pas toujours pu prendre de vacances. En effet, nous
avons eu des catastrophes et des pollutions, de 1989 à 1991, lorsque la
source du Brassus fut polluée et impropre à la consommation.
Que s’est-il passé ?
LM :
Des agriculteurs ont siphonné leurs fosses à purin Dans la zone de
protection de la source et envoyé le tout dans un emposieu (entonnoir
dans la roche, où l’eau s’infiltre). Cette pollution a évidemment
atteint la source. C’était le 17 juillet 1989 et toutes mes vacances ont
été sacrifiées tant à installer des pompes qu’à trouver des solutions
pour alimenter en eau notre population jusqu’à l’automne. Nous avons dû
la pomper dans le lac de Joux. Par la suite, il y a eu enquête sur cette
pollution. Seule une condamnation fut prononcée à l’encontre de l’un des
deux agriculteurs concernés : 1500 francs d’amende pour l’un, et un
non-lieu pour l’autre ! A titre d’information, pour réparer les dégâts
la commune a investi 800'000 francs !
Quelles mesures de
protection de l’eau avez-vous mises en place ?
LM :
Notre région
a été la première à commander une étude pour connaître la provenance des
polluants dans l’Orbe et dans le lac de Joux. A la suite de celle-ci,
nous avons pu bénéficier de subventions extraordinaires de l’État de
Vaud, cinq millions qui nous ont permis d’assainir notre lac et de
reprendre toutes nos constructions dans le domaine de l’eau, notamment
le traitement des eaux usées. Ceci a fait un peu école dans le canton de
Vaud. Par exemple, ce processus a servi de modèle pour l’initiative
cantonale « Sauvons la Venoge ».
Comment se porte selon vous
le lac de Joux ?
LM :
Il n’est pas aussi propre qu’autrefois. En effet, nous constatons que
des algues rouges apparaissent régulièrement, nous les appelons le sang
des Bourguignons. Il semble que l’apparition de ces algues inesthétiques
ne serait pas due à la pollution, mais à la hausse de la température de
l’eau dans le cadre du réchauffement climatique.
Quels sont selon vous les
lieux humides les plus intéressants de la Vallée de Joux ?
LM :
Mis à part celle du Campe, nous avons beaucoup d’anciennes tourbières.
Il y a les deux Sagnes du Sentier qui font l’objet d’une protection, car
elles sont remarquables par leur végétation. Le conseiller d’Etat
Charles-Louis Rochat est lui-même propriétaire d’une ancienne tourbière
aux Charbonnières. J’aimerais également citer la Tête du lac, une zone
marécageuse à l’estuaire de L’Orbe, qui a été réaménagée. Des sentiers
balisés et didactiques y ont été créés. Dans la liste des sites naturels
aquatiques remarquables, vous pouvez également inclure le tracé de
l’Orbe entre Bois d’Amont et le lac de Joux.

Tête du Lac de Joux
Organisez-vous des sorties
sur les lieux humides pour les écoliers ?
JR :
Ceci dépend beaucoup de l’enseignant. Quant à moi, lorsque je dispense
des cours de science, l’étude des tourbières fait régulièrement l’objet
de visites sur le terrain. On y trouve des plantes carnivores, ce qui
crée l’intérêt chez les élèves. Par ailleurs, je vais régulièrement en
direction de l’Orbe, étudier cette rivière. Nous y prenons un peu d’eau,
l’analysons et y observons les bactéries qu’elle contient. Je pense que
l’on peut mieux atteindre les parents par leurs enfants. En faisant
passer le message des préoccupations environnementales par les enfants,
on arrive parfois à mieux persuader les parents qu’en leur faisant de
longs discours.
Quelles mesures sont mises en
place pour protéger les lieux humides ? Depuis quand et par qui ?
JR :
Nous, nous
n’avons pas besoin de mettre des mesures en place ! Le Plan
d’affectation cantonal (PAC 293) protège tous nos lieux humides. Il tire
sa provenance de l’article 293 – dit de Rothenthurm – de la loi fédérale
sur l’environnement. Le peuple suisse a voté cet article. Nous ne
pensions pas que cela aurait des répercussions jusque dans notre vallée,
où tout désormais fait l’objet d’une protection. Nous avons fait recours
contre ce plan qui inscrit pratiquement le fond de la Vallée de Joux en
réserve naturelle. En effet, le terrain à bâtir, autrefois légalisé, ne
l’est plus. Ainsi, les gens ont perdu beaucoup d’argent, sans recevoir
d’indemnités. Il ne reste, dans le fond de la Vallée, que trois ou
quatre parcelles à bâtir. La Confédération ne veut plus qu’il s’y
construise quoi que ce soit !
Que pouvez-vous nous dire sur
la tourbière du Campe ?
LM :
Cette
tourbière a une belle histoire. Pendant la dernière guerre, elle a été
exploitée pour offrir du combustible à ceux qui n’en avaient pas. Elle
appartenait à des privés, la menuiserie Bodenmann. Cette dernière l’a
offerte à la Commune, mais entre-temps, ils l’avaient remplie de sciure…
Puis, comme le hameau du Campe n’avait pas de défense incendie adéquate,
j’ai proposé d’utiliser cet étang pour qu’il dispose ainsi d’une réserve
d’eau de qualité. Ceci nous a permis d’entreprendre les travaux
d’extraction de la sciure et de réhabiliter le site, qui est devenu un
fort joli étang.

Etang du
Campe
Cette dernière
question n’est pas anodine puisqu’elle rejoint le second volet de
l’étude de Maria Cristina Mola qui est spécifiquement lié à l’étang du
Campe.
Pour terminer
cette première partie, disons quelques mots sur l’auteur :
Maria
Cristina Mola
est née en Suisse en 1977, mais ses origines sont italiennes. Sa passion
pour la biologie et la nature s’est développée en 1996, à la fin de ses
études lycéennes, lors d’un cours de quatre mois de biologie. Son
professeur de sciences a réussi, en ce laps de temps, à lui transmettre
cette passion ! En 1997 elle s’est inscrite à l’Université de Lausanne
pour étudier la biologie et après sa licence, a obtenu en 2003 un Master
en environnement à l’Ecole Polytechnique de Lausanne. Sa passion pour la
nature l’a amenée à faire plusieurs stages à l’étranger. Elle voit son
futur partagé entre la Suisse et les pays en voie de développement ; son
souhait est de les aider à améliorer leur situation sanitaire et
environnementale.
CONTENU :
52 pages, photos couleurs
COMMANDE :
Nos brochures sont à vendre. Merci de nous contacter.
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Avril 2007
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