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RAPHAELE LASSERRE

Eau et bioterrorisme :

du mythe à la réalité
 


Eau et bioterrorisme : du mythe à la réalité

( H5N1, anthrax, SRAS que de noms qui font frémir la population ! Explosion de AZF à Toulouse, gaz sarin à Tokyo, etc. Ces 5 dernières années, nous avons été et sommes encore confrontés à des menaces biologiques et chimiques à fort potentiel létal. Le 11 septembre 2001, l’occident (re)prenait conscience du risque terroriste. L’émergence de nouvelles épidémies (SRAS, fièvres hémorragiques, Chikungunya) ainsi que les attentats de la secte Aoum au Japon et l’envoi de courrier contenant des spores d’Anthrax ont réveillé en nous la peur ancestrale des maladies, peur endormie, en Occident, par les progrès de la médecine.

L’étude de Raphaële Lasserre a pour objectif de rendre les différentes informations récoltées digestes et compréhensibles pour le lecteur qui devrait trouver des réponses à ses questions et des informations intéressantes sur l’usage de matières dangereuses par l’homme à des fins belliqueuses. Nous avons été surpris de découvrir que déjà les Perses et les Assyriens contaminaient l’eau de leurs ennemis. L’usage à des fins délétères de la chimie et de la biologie ne date donc pas d’aujourd’hui ni même d’hier, mais cela le lecteur le découvrira dans les pages de la brochure.

Après un brevet d’enseignement et deux ans d’expérience dans le système scolaire vaudois, Raphaële Lasserre entreprend des études de psychologie qu’elle complètera par un DESS en criminologie puis une licence de droit suisse à l’Université de Lausanne. Après avoir travaillé dans la recherche à l’Institut de Criminologie et de Droit Pénal de l’Ecole des Sciences Criminelles de l’UNIL, elle se destine à une carrière juridique. A côté de ses mandats de recherche universitaire, Raphaële Lasserre collabore avec les services de police. Voici des extraits de son étude :

Il y a deux faisceaux d’actes terroristes susceptibles d’atteindre l’eau : la contamination directe par bioterrorisme ou biocrime ou la contamination indirecte et la destruction des installations d’approvisionnement, par des actes terroristes ou criminels conventionnels. La contamination de l’eau  peut être directe, par la dissémination d’un agent contaminant dans l’eau ou indirecte, c’est-à-dire par les effets collatéraux d’une attaque, comme par exemple, celle d’une centrale nucléaire ou d’une usine chimique. Quant à la contamination directe de l’approvisionnement en eau, elle peut se faire à différents points du parcours de la chaîne de l’eau : à la ressource (source, nappe phréatique), lors de son traitement, au moment de l’adduction ; du stockage (réservoir, château d’eau) ou encore lors de la distribution (Lang, 2003). Selon le rapport Lang, l’efficacité de l’attaque sera maximale si elle intervient entre la stérilisation de l’eau et la livraison au particulier. En effet, la stérilisation a pour effet de détruire la plupart des agents infectieux. La dissémination de matières dangereuses est, d’après les experts (Cordesman, 1998 ; Purver, 1995, cités par Blais, 2002), plus compliquée que leur production. L’effet de la plupart des agents chimiques est fortement diminué, voire annihilé, lorsqu’ils sont disséminés par des engins explosifs, du fait du choc et de la chaleur dégagée. De plus, certains agents chimiques s’hydrolysent dans l’eau et sont donc détruits. Selon Purver (1995, cité par Blais, 2002), la dissémination de matières dangereuses dans l’eau est hasardeuse car la plupart seront éliminées par le processus de filtration et de purification. Cette dernière remarque n’est valable que pour l’eau consommée par l’homme, les eaux coulant en amont des stations de pompage et de filtration pourraient contaminer la faune et la flore et par la suite tout individu qui entrerait en contact avec.

Réservoir de Valangines, NeuchâtelLa destruction de la source ou de l’approvisionnement permet de priver une région d’eau. Quant à la destruction d’un barrage hydroélectrique, elle aurait pour conséquence de provoquer des inondations en aval et d’empêcher la production d’électricité. Lors d’une visite du barrage de Verbois sur le Rhône, qui approvisionne Genève en eau, nous avons posé la question de la sécurité. Nous avons pu constater que les installations étaient ceintes par un grillage, avec un accès unique par un portail électrique sous surveillance vidéo. Il semble que le potentiel d’une attaque terroriste ne préoccupe pas les autorités en ce qui concerne les barrages hydrauliques. À Verbois, nous avons pu nous rendre compte par nous-mêmes que la destruction du barrage, par une charge explosive par exemple, ne serait pas une chose aisée car elle nécessiterait des connaissances pointues en génie civil.

L’eau est une cible de moindre choix pour une attaque à partir de virus. En effet, selon l’Institut Pasteur, seuls les virus responsables de diarrhées (choléra par exemple) et les virus de l’hépatite A ou E se transmettent par l’eau, encore faut-il que cette eau ne soit pas traitée. Les autres ne survivent pas dans un milieu aqueux ou sur un laps de temps trop court pour représenter un réel danger

Bactéries de Légionelles

A travers les extraits des entretiens du Dr. Humair et du lieutenant-colonel Baumberger, le lecteur pourra voir deux points de vue de personnes travaillant pour l’armée suisse ainsi que leur positions vis-à-vis de l’avenir. Puis l’entretien des docteurs Baumgartner, Felleisen et Pierre Studer, tous trois travaillant pour l’OFSP, donne un aperçu du travail qui est fait au sein de l’office fédéral de la santé pour que l’on puisse consommer une eau potable à l’abri de toute menace terroriste. Voici des extraits de ces entretiens effectués en mars 2006. 

David Humair, Docteur en biologie moléculaire


Entretien avec David Humair de l’État-major de planification de l'armée, Département de la défense :

Comment définissez-vous le bioterrorisme ?

La guerre biologique ou le bioterrorisme est la dissémination intentionnelle d’un organisme vivant pathogène, ou une toxine, sur les troupes, la population, la nourriture, le bétail ou les cultures de la partie adverse. L’effet recherché est la déstabilisation des ressources ou de la population de l’adversaire. Le revers de la médaille avec le bioterrorisme est l’effet boomerang, c’est-à-dire le retour de la contamination à l’attaquant. C’est pour cela que l’intérêt pour les armes biologiques a fortement baissé depuis une trentaine d’années.

La Suisse est-elle prête à faire face à une éventuelle menace bioterroriste ?

Je peux vous répondre par l’affirmative, nous sommes préparés à gérer ce type de situation. Je vais prendre le cas d'un incident chimique pour illustrer cela. Il y a quelques années, un train contenant du chlorure de thionyle (n° ONU 1836) et de l'épichlorhydrine (n° ONU 2023, molécule hautement toxique) s’est renversé en gare de Lausanne. Cela n’a fait aucune victime du fait de l’efficacité de l’intervention. Les équipes de secours ; dans ce cas plus de 800 hommes (pompiers, police, sanitaire et armée sont entraînées et aptes à gérer les incidents chimiques, qu’ils soient volontaires ou non). Toutefois, il y a dans ce genre de situation un besoin de communication stratégique auprès de la population.

La place de la Suisse sur l’échiquier du terrorisme consiste en une base logistique et sert de place financière avant tout. Un des cinq piliers de l’Islam est la Zakat qui, on le sait, permet de financer une partie du terrorisme. Je pense qu’il faut lutter contre ces effets, mais cela relève de la police et non plus de l’armée. Zakat en arabe signifie accroissement et, par extension, purification de la richesse.

Dans votre travail d'analyse de la menace, quelle place l'eau tient-elle, y a-t-il des scénarios envisagés de sa contamination ?

L’eau a de facto une importance comme source potentielle de contamination. Les Américains considèrent l’eau comme une source de contamination importante. Mais de nouveau au niveau de l’analyse de la menace, si vous regardez dans le détail, contaminer un réservoir d’eau et le rendre dangereux est très compliqué. Ce qui est intéressant dans notre entretien ciblé sur l’eau, c’est que l’on voit bien que pour comprendre le phénomène, nous sommes obligés d’avoir une vison globale du terrorisme pour pouvoir en appréhender une partie. C’est cela l’analyse de la menace, il faut être conscient que le terrorisme est un phénomène complexe, qui demande d’avoir une vision stratégique. En restant focalisé sur les moyens, on limite énormément notre vision et l’analyse est déficiente.  

Christhophe Baumberger, spécialiste de la défense NBC (Nucléaire, biologique et chimique) Entretien avec Christophe Baumberger, colonel de l’Armée suisse, suppléant du commandant du Centre de compétences NBC de Spiez, chef Doctrine et Engagement

En tant que biochimiste, comment définiriez-vous le bioterrorisme ?

En 1996, j’avais écrit un article sur le renouveau des armes biochimiques. Je crois qu’il n’y pas de définition claire du bioterrorisme. Seth Carrus du Rockefeller Institute est un des spécialistes mondial du bioterrorisme, il a fait une étude à ce sujet portant sur le XXe siècle. Il a répertorié 226 cas. Le cas de l’unité 731 japonaise durant la Seconde Guerre mondiale, par exemple, n’est pas considéré comme un acte terroriste car c’était en temps de guerre et commis par l’armée. Le cas de l’Oregon, de la secte Rajneeshee est un acte typique de bioterrorisme. Seth Carrus différencie le bioterrorisme du biocrime.

Ce dernier est le fait d’utiliser un agent biologique pour commettre un crime, comme un assassinat par exemple. Lorsque l’on veut définir le bioterrorisme, on rencontre la même problématique qu’avec la définition du terrorisme. Selon l'encyclopédie, on peut décrire le bioterrorisme comme étant l’utilisation d’un micro-organisme dans l’intention avouée de causer une infection afin d’atteindre certains objectifs. Étant donné qu’il est dorénavant plus facile de se procurer des agents biologiques et l’information technique nécessaire pour les produire, le bioterrorisme risque de devenir l’arme de choix dans l’avenir. Mais qui dit terrorisme dit aussi revendication et personnellement, je ne suis pas sûr que l’attentat du 11 septembre doive être considéré comme un attentat de type terroriste car il n’y a pas eu à proprement parler de revendication, idem pour la secte Aoun, car le but poursuivi n’était pas terroriste.

Il n’y a donc pas de définition universelle et globale du bioterrorisme ?

Je suis en train de rédiger une thèse sur ce domaine et il est vrai qu’il manque une véritable définition. Il faut observer l’engagement qui est utilisé pour propager l’agent biologique ou chimique. Par exemple, l’utilisation de l’anthrax en 2001, était-ce un acte terroriste ? L’agent biologique était militaire mais son engagement n’a pas été fait sous forme d’une arme mais par envoi de courrier classique, ce qui n’est pas à proprement parler une arme. De plus, il n’y pas eu de revendication à ma connaissance. Je ne pense donc pas que l’on peut classer cet acte comme un attentat terroriste mais comme un acte relevant du droit pénal « classique ».

Je définirais le bioterrorisme comme l’utilisation d’un produit de type biologique à des fins de terreur ou de nuisance. Cela n’englobe donc pas forcément la définition du terme terroriste. C’est multifactoriel comme définition. Chaque spécialiste a une vision en fonction de son domaine. Pour moi, l’important est de lutter contre la possibilité d’un engagement d’agents biologiques. Pour cette raison, je préfère parler d'engagement d’armes ou d'agents biologiques plutôt que de bioterrorisme.

Dans le domaine du bioterrorisme, quels sont les dangers actuels ?

Laboratoire de l'OFSP (Office Fédéral de la Santé Publique)  On parle toujours de la douzaine sale (variole, ébola, spore du charbon, etc.), ce sont les virus les plus dangereux. Or il existe des milliers de virus et des milliards de bactéries. C’est pourquoi à un moment donné, on prend les plus dangereux et on travaille par élimination pour aboutir à la douzaine sale qui est devenue la classification classique. On ne parle pas des virus qui mutent artificiellement ou naturellement. En regardant la littérature, on voit que certains virus comme la variole on été mutés volontairement dans un but scientifique.

Au téléphone, vous m’avez laissé entendre que vous aviez été amené à intervenir à plusieurs reprises à l’étranger. La Suisse est-elle particulièrement reconnue dans ce domaine ? Quelle est votre collaboration avec les autres États ?

La Suisse a une excellente réputation en la matière. Tout particulièrement au niveau de la prohibition des armes chimiques et au niveau des problèmes radiologiques. Avec notre système de protection radiologique et notre centrale d’alarme de Zurich, nous avons une réputation mondiale. Dans le secteur de la santé, nous avons aussi très bonne réputation. L’OMS collabore beaucoup avec la Suisse et dans différents domaines, dont celui qui nous intéresse aujourd’hui.

L’avantage de notre neutralité est que nous pouvons être envoyés dans certains pays « sensibles », car nous n’avons pas d’alliance militaire. En 2003, nous étions prêts à partir dans différents pays au profit de l'OPCW (Organisation pour la prohibition des armes chimiques) et d'autres organisations internationales pour la défense contre les armes biologiques et chimiques. Grâce à sa non allégeance, la Suisse peut accepter des mandats de l’ONU et être acceptée plus ou moins partout. Nous collaborons aussi dans le cadre de la KFOR ou de l'EUFOR. La réputation militaire suisse à l’étranger est excellente. Il faut arrêter de nous minimiser en Suisse. Bien que notre armée soit de milice, nous sommes très bons.

Y a-t-il des exercices de simulation qui sont faits en Suisse, comme cela a été le cas aux États-Unis en 1998 ?

Oui, nous avons conduit un grand exercice en novembre 2002 à l’aéroport de Genève, basé sur un scénario d’attentat terroriste chimique, à l’aide d’un thermos contenant un toxique de combat. Cet exercice a mis en place tous les intervenants genevois, ainsi que ceux de l’armée venus de Spiez. Ce type d’exercice est très onéreux car, en plus de toute l’infrastructure matérielle que cela demande, nous sommes obligés de mobiliser tous les intervenants, puisque nous ne pouvons pas vider les effectifs pour un exercice. Du coup, les personnes qui sont en congé ou de réserve sont convoquées. Suite à cette simulation, plusieurs spécialistes étrangers et ambassadeurs, ayant trouvé l’exercice particulièrement réussi, l’ont validé pour des évènements futurs comme le G8. De leurs côtés, les cantons romands font régulièrement des exercices de simulation sur le terrain. Celui de Genève était particulièrement exceptionnel de par sa taille. Les cantons suisses alémaniques font plutôt des exercices d’état-major. Le WEF est un engagement qui a lieu chaque année, c’est pour nous une sorte d'exercice à échelle réelle.

Les piscines, potentiel à risques.

Il y a aussi des exercices au niveau de la radioactivité. Une simulation intitulée « ours brun » consistait en un avion transportant des matières radioactives et qui s’écrasait dans le Jura. Pour cet exercice, tous les moyens ont été engagés, qu’ils soient civils ou militaires. On a mobilisé un hélicoptère Super-Puma équipé d'un détecteur de radioactivité. En 2005, un exercice stratégique avec le Conseil fédéral, relatif à la pandémie de grippe a eu lieu. C’est donc de manière régulière qu’il y a des simulations en Suisse et ce, à tous les niveaux.

 

Entretien avec Andreas Baumgartner(AB), Richard Felleisen(RF) et Pierre Studer(PS) de l’Office fédéral de la santé publique :

Pierre Studer, Richard Felleisen, Raphaële Lasserre, Andreas BaumgartnerY a-t-il un cahier des charges et des compétences de votre service vis-à-vis des menaces sur l’eau (bioterrorisme) ?

R.F. : Les denrées alimentaires étant concernées par le terrorisme, nous menons une réflexion sur ce thème et nous considérons l’eau comme une cible potentielle du bioterrorisme. Selon la loi fédérale sur les denrées alimentaires et les objets usuels (LDAI, RS 817.0), l’OFSP remplit trois rôles :

-          la coordination des mesures d’exécution prises par les cantons ainsi que leur activité dans le domaine de l’information, lorsqu’il existe un intérêt national (Art. 36);

-          la mise en garde publique et la publication des informations et des recommandations lorsque la population de plusieurs cantons est menacée (Art. 43);

-          la coopération avec les institutions et organes spécialisés nationaux et internationaux (Art. 39).

Est-ce vous qui informez la presse ?

AB : Récemment nous avons eu un cas d’épidémie de listéria dans le canton de Neuchâtel. Normalement, cela relève des compétences du chimiste cantonal. Ce dernier a informé lui-même la presse car cela ne concernait qu'un seul canton. Le problème actuel, c’est que le moindre évènement est médiatisé, ce qui oblige l'OFSP à prendre position. L’abondance de médias mène immanquablement à une profusion d’informations et parfois à des communications contradictoires. Il est donc important que les autorités concernées essaient de coordonner l'information.

Puits de pompage de la Ville d'Yverdon-les-Bains

En cas de menace sur l’eau, comment cela se passe-t-il et qu’elle est l’implication de votre office ?

AB : En Suisse, les laboratoires cantonaux sont responsables des analyses microbiologiques des denrées alimentaires et de l'eau. De plus il y a un réseau de laboratoires régionaux soutenu par des centres de références et par le laboratoire de Spiez, qui sera actif en cas d'événements liés au bioterrorisme. Ces laboratoires sont spécialisés dans la détection rapide des agents pathogènes. Une fois l’anomalie détectée, des structures de crise se mettent en place en fonction de l’ampleur de la menace. En cas d’alerte, un état-major de crise est immédiatement mis sur pied et dirige les opérations. Nous avons un cahier des charges relatif aux crises qui comporte également des scénarios de bioterrorisme. Notre rôle en cas d’alerte est un rôle de coordination. Il est primordial, en cas d’incident national ou supra cantonal, que les actions se déroulent de manière cohérente et simultanée. Il est donc impératif que la communication n’émane que d’un seul état-major.

Dans votre rapport 2002, vous mentionnez le fait qu’en cas d’alerte, vous collaborez avec le Département de la défense. Comment se déroule cette collaboration, quelles sont les tâches et les compétences de chacun ?

AB : Lors d’un incident, l’État-major de crise regroupe les directeurs de chaque département qui vont diriger les opérations et coordonner l’information. En cas de crise bioterroriste ou pandémique, l’armée a des unités spéciales et des ressources pour soutenir les forces civiles. Elle peut aider à isoler certaines régions, désinfecter des endroits, etc.

RF : Le système fonctionne selon le principe de subsidiarité des différentes autorités. En cas d’évènement local, ce sont les autorités locales qui seront responsables. Si c’est un canton qui est touché, les autorités cantonales prennent le relais et si l’incident est supra cantonal ou national, la Confédération entrera en jeu.  

AB : Toutefois, en cas d’attaque terroriste, la Confédération sera automatiquement compétente, même si l’acte est confiné à une zone restreinte.

PS : Parmi les scénarios que nous avons élaborés, seuls les scénarios ayant un impact régional sont vraiment réalistes. Bien que nous nous préparions aussi à intervenir sur des cas d’ampleur nationale, la probabilité d’un tel scénario est infime.

Panneau à proximité d'une station d'épuration L’eau a-t-elle déjà été la cible d’une attaque terroriste en Suisse ?

AB : Non, mais le Conseil fédéral a fait un exercice stratégique pour évaluer et tester l'organisation de crise. Le cas actuel de grippe aviaire est un exercice réel pour nous. Notre pays est très bien équipé pour faire face à une telle attaque. Nous avons des ressources qui sont mobilisables très rapidement. Si on reprend l’exemple de la grippe aviaire, en cas de contamination dans une ferme, celle-ci sera immédiatement isolée et décontaminée avant que le virus n’ait le temps de se propager. 

Comment définissez-vous les menaces pesant sur l’eau ?

AB : Nous avons réfléchi sur les dangers qui pouvaient menacer l’eau mais le risque d’une contamination terroriste est très faible. On sait que le risque existe mais à l’heure actuelle, la Suisse n’est pas exposée sur le plan national ou international comme le sont les États-Unis par exemple.

PS : Contaminer un réseau d’eau n’est pas une mince affaire. Par exemple, un des réservoirs de la ville de Genève est plus grand que le bâtiment de l’OFSP et il faudrait une quantité astronomique de produits chimiques pour rendre l’eau dangereuse pour la santé. De plus, si l’eau est traitée, la grande majorité des germes et des produits chimiques seront éliminés par ce traitement.

AB : Avec les germes, c’est un autre problème. Si on prend un germe agressif avec une charge infectieuse très basse, avec quelques francs d’investissement, on peut produire suffisamment de germes pathogènes pour contaminer un gros réservoir. Il est simple de produire en laboratoire certains germes contaminants. Le problème c’est d’arriver à introduire le germe à l’endroit stratégique du réseau d’eau.

Les lacs sont-ils une cible potentielle ?

AB : Non, les lacs ne constituent pas un risque majeur de contamination du fait du volume d’eau en cause. Dans un réservoir, les germes peuvent représenter un risque si on les introduit après que l’eau ait été traitée. Mais lorsque l’on pompe l’eau d’un lac, elle subit un traitement pour éliminer les germes. Toutefois, certains agents pathogènes ne sont pas éliminés par le traitement de l’eau comme les spores d’anthrax, par exemple.

Plage d'Yverdon-les-Bains

Lorsque l’on parle de terrorisme, on imagine immédiatement un acte de grande ampleur visant l’État, mais un tel acte ne peut-il pas aussi être un acte de malveillance mettant en jeu des acteurs locaux ?

P.S. : L’hiver passé il y a eu une contamination locale dans les eaux allemandes du lac de Constance par des fûts de produits chimiques qui avait été volontairement entreposés là. L’enquête a permis de déterminer que c’était un agriculteur qui en voulait à une entreprise riveraine.

A.B. : On a des cas de ce que l’on pourrait nommer, du terrorisme économique et, qui visent les grands groupes alimentaires, en utilisant Internet ou d'autres moyens pour propager des rumeurs de contamination. Par exemple, nous avons eu le cas d’une alerte sur des bananes qui auraient été contaminées avec une bactérie dévoreuse de chair humaine. Cela était évidemment un canular, mais si cette rumeur s’était propagée, elle aurait pu avoir des conséquences importantes sur la vente des bananes. On appelle ce type d’acte du E-terrorisme, c’est-à-dire du terrorisme qui utilise l’Internet comme vecteur de propagation.

Centre thermal d'Yverdon-les-Bains

L’objectif de notre étude est de déterminer dans quelle mesure l’eau représente une cible de choix pour une attaque biologique ou chimique. À la lecture des différentes publications des organisations gouvernementales ou non, et suite aux différents entretiens que nous avons menés, nous concluons que :

-         La menace d’attaques biologiques ou chimiques est prise au sérieux par les gouvernements.

-         La production d’agents biologiques ou chimiques demande des connaissances scientifiques si importantes que le scénario le plus probable est le vol de tels matériels. La sécurité des lieux où sont conservées les matières dangereuses semble donc être la clé de la prévention. Un des rôles des États est donc d’empêcher que quiconque puisse s’approprier de telles substances ou les mettre en culture.

-         Il semble que les experts ne soient pas unanimes quant à la facilité ou non d’accéder à des matériaux biologiques ou chimiques.

-         L’eau, bien qu’étant une cible potentielle, semble ne pas être une cible de choix du fait que pour contaminer un réservoir, il faudrait une quantité astronomique d’agents chimiques pour représenter un danger pour l’homme. Les traitements administrés à l’eau avant qu’elle ne soit consommée, détruisent la majorité des agents biologiques et chimiques. Les nouveaux réservoirs ne sont plus accessibles lorsqu’ils sont pleins, du fait de la pression de l’eau sur les sas d’accès.

Nous avons beaucoup parlé de bioterrorisme, mais comme le relève Seth Carrus, il ne faut pas oublier la catégorie des biocrimes qui semble-t-il est plus importante en potentiel de menace que le bioterrorisme. La contamination d’une source par un voisin mal intentionné avec du purin ou un cadavre d’animal est plus probable qu’une attaque de grande ampleur sur le territoire national. Cela tient à plusieurs paramètres, comme le mobile, l’accès aux matériaux et l’engagement de ces matériaux. C’est un sujet qui inquiète peu le domaine de la sécurité car les effets sont le plus souvent localisés et les auteurs assez aisément identifiables, quant aux conséquences, elles seront probablement minimes.

Pour terminer, nous rappellerons ici la conclusion de l’OFSP : « La probabilité d’une attaque terroriste par la dissémination d’un agent biologique dans les denrées alimentaires est jugée très faible dans le contexte actuel » (OFSP, 2002, p. 16).

Station de pompage de la ville de Neuchâtel

 


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Novembre 2005.
 


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