|
RAPHAELE LASSERRE
Eau et bioterrorisme :
du mythe à la réalité

( H5N1, anthrax, SRAS que
de noms qui font frémir la population ! Explosion de AZF à Toulouse, gaz
sarin à Tokyo, etc. Ces 5 dernières années, nous avons été et sommes
encore confrontés à des menaces biologiques et chimiques à fort
potentiel létal. Le 11 septembre 2001, l’occident (re)prenait conscience
du risque terroriste. L’émergence de nouvelles épidémies (SRAS, fièvres
hémorragiques, Chikungunya)
ainsi que les attentats de la secte Aoum au Japon et l’envoi de courrier
contenant des spores d’Anthrax ont réveillé en nous la peur ancestrale
des maladies, peur endormie, en Occident, par les progrès de la
médecine.
L’étude de Raphaële
Lasserre a pour objectif de rendre les différentes informations
récoltées digestes et compréhensibles pour le lecteur qui devrait
trouver des réponses à ses questions et des informations intéressantes
sur l’usage de matières dangereuses par l’homme à des fins belliqueuses.
Nous avons été surpris de découvrir que déjà les Perses et les Assyriens
contaminaient l’eau de leurs ennemis. L’usage à des fins délétères de la
chimie et de la biologie ne date donc pas d’aujourd’hui ni même d’hier,
mais cela le lecteur le découvrira dans les pages de la brochure.
Après un brevet
d’enseignement et deux ans d’expérience dans le système scolaire
vaudois, Raphaële Lasserre entreprend des études de psychologie qu’elle
complètera par un DESS en criminologie puis une licence de droit suisse
à l’Université de Lausanne. Après avoir travaillé dans la recherche à
l’Institut de Criminologie et de Droit Pénal de l’Ecole des Sciences
Criminelles de l’UNIL, elle se destine à une carrière juridique. A côté
de ses mandats de recherche universitaire, Raphaële Lasserre collabore
avec les services de police. Voici des extraits de son étude :
Il y a deux faisceaux
d’actes terroristes susceptibles d’atteindre l’eau : la contamination
directe par bioterrorisme ou biocrime ou la contamination indirecte et
la destruction des installations d’approvisionnement, par des actes
terroristes ou criminels conventionnels. La contamination de l’eau peut
être directe, par la dissémination d’un agent contaminant dans l’eau ou
indirecte, c’est-à-dire par les effets collatéraux d’une attaque, comme
par exemple, celle d’une centrale nucléaire ou d’une usine chimique.
Quant à la contamination directe de l’approvisionnement en eau, elle
peut se faire à différents points du parcours de la chaîne de l’eau : à
la ressource (source, nappe phréatique), lors de son traitement, au
moment de l’adduction ; du stockage (réservoir, château d’eau) ou encore
lors de la distribution (Lang, 2003). Selon le rapport Lang,
l’efficacité de l’attaque sera maximale si elle intervient entre la
stérilisation de l’eau et la livraison au particulier. En effet, la
stérilisation a pour effet de détruire la plupart des agents infectieux.
La dissémination de matières dangereuses est, d’après les experts (Cordesman,
1998 ; Purver, 1995, cités par Blais, 2002), plus compliquée que leur
production. L’effet de la plupart des agents chimiques est fortement
diminué, voire annihilé, lorsqu’ils sont disséminés par des engins
explosifs, du fait du choc et de la chaleur dégagée. De plus, certains
agents chimiques s’hydrolysent dans l’eau et sont donc détruits. Selon
Purver (1995, cité par Blais, 2002), la dissémination de matières
dangereuses dans l’eau est hasardeuse car la plupart seront éliminées
par le processus de filtration et de purification. Cette dernière
remarque n’est valable que pour l’eau consommée par l’homme, les eaux
coulant en amont des stations de pompage et de filtration pourraient
contaminer la faune et la flore et par la suite tout individu qui
entrerait en contact avec.
La
destruction de la source ou de l’approvisionnement
permet de priver une région d’eau. Quant à la destruction d’un barrage
hydroélectrique, elle
aurait pour conséquence de provoquer des inondations en aval et
d’empêcher la production d’électricité. Lors d’une visite du barrage de
Verbois sur le Rhône, qui approvisionne Genève en eau, nous avons posé
la question de la sécurité. Nous avons pu constater que les
installations étaient ceintes par un grillage,
avec un accès unique par un portail électrique sous surveillance vidéo.
Il semble que le potentiel d’une attaque terroriste ne préoccupe pas les
autorités en ce qui concerne les barrages hydrauliques. À Verbois, nous
avons pu nous rendre compte par nous-mêmes que la destruction du
barrage, par une charge explosive par exemple, ne serait pas une chose
aisée car elle nécessiterait des connaissances pointues en génie civil.
L’eau est une cible de
moindre choix pour une attaque à partir de virus. En effet, selon
l’Institut Pasteur, seuls les virus responsables de diarrhées (choléra
par exemple) et les virus de l’hépatite A ou E se transmettent par
l’eau, encore faut-il que cette eau ne soit pas traitée. Les autres ne
survivent pas dans un milieu aqueux ou sur un laps de temps trop court
pour représenter un réel danger

A travers les extraits des
entretiens du Dr. Humair et du lieutenant-colonel Baumberger, le lecteur
pourra voir deux points de vue de personnes travaillant pour l’armée
suisse ainsi que leur positions vis-à-vis de l’avenir. Puis l’entretien
des docteurs Baumgartner, Felleisen et Pierre Studer, tous trois
travaillant pour l’OFSP, donne un aperçu du travail qui est fait au sein
de l’office fédéral de la santé pour que l’on puisse consommer une eau
potable à l’abri de toute menace terroriste. Voici des extraits de ces
entretiens effectués en mars 2006.
Entretien
avec David Humair de l’État-major de planification de l'armée,
Département de la défense :
Comment définissez-vous le
bioterrorisme ?
La guerre biologique ou le
bioterrorisme est la dissémination intentionnelle d’un organisme vivant
pathogène, ou une toxine, sur les troupes, la population, la nourriture,
le bétail ou les cultures de la partie adverse. L’effet recherché est la
déstabilisation des ressources ou de la population de l’adversaire. Le
revers de la médaille avec le bioterrorisme est l’effet boomerang,
c’est-à-dire le retour de la contamination à l’attaquant. C’est pour
cela que l’intérêt pour les armes biologiques a fortement baissé depuis
une trentaine d’années.
La Suisse est-elle prête à
faire face à une éventuelle menace bioterroriste ?
Je peux vous répondre par l’affirmative,
nous sommes préparés à gérer ce type de situation. Je vais prendre le
cas d'un incident chimique pour illustrer cela. Il y a quelques années,
un train contenant du chlorure de thionyle (n° ONU 1836) et de l'épichlorhydrine
(n° ONU 2023, molécule hautement toxique) s’est renversé en gare de
Lausanne. Cela n’a fait aucune victime du fait de l’efficacité de
l’intervention. Les
équipes de secours ; dans ce cas plus de 800 hommes (pompiers, police,
sanitaire et armée sont entraînées et aptes à gérer les incidents
chimiques, qu’ils soient volontaires ou non). Toutefois, il y a dans ce
genre de situation un besoin de communication stratégique auprès de la
population.
La place de la Suisse sur
l’échiquier du terrorisme consiste en une base logistique et sert de
place financière avant tout. Un des cinq piliers de l’Islam est la Zakat
qui, on le sait, permet de financer une partie du terrorisme. Je pense
qu’il faut lutter contre ces effets, mais cela relève de la police et
non plus de l’armée. Zakat en
arabe signifie accroissement et, par extension, purification
de la richesse.
Dans votre travail
d'analyse de la menace, quelle place l'eau tient-elle, y a-t-il des
scénarios envisagés de sa contamination ?
L’eau a de facto une importance comme source potentielle de
contamination. Les Américains considèrent l’eau comme une source de
contamination importante. Mais de nouveau au niveau de l’analyse de la
menace, si vous regardez dans le détail, contaminer un réservoir d’eau
et le rendre dangereux est très compliqué. Ce qui est intéressant dans
notre entretien ciblé sur l’eau, c’est que l’on voit bien que pour
comprendre le phénomène, nous sommes obligés d’avoir une vison globale
du terrorisme pour pouvoir en appréhender une partie. C’est cela
l’analyse de la menace, il faut être conscient que le terrorisme est un
phénomène complexe, qui demande d’avoir une vision stratégique. En
restant focalisé sur les moyens, on limite énormément notre vision et
l’analyse est déficiente.
Entretien avec Christophe Baumberger, colonel de l’Armée suisse,
suppléant du commandant du Centre de compétences NBC de Spiez, chef
Doctrine et Engagement
En tant que biochimiste,
comment définiriez-vous le bioterrorisme ?
En 1996, j’avais écrit un
article sur le renouveau des armes biochimiques. Je crois qu’il n’y pas
de définition claire du bioterrorisme. Seth Carrus du Rockefeller
Institute est un des spécialistes mondial du bioterrorisme, il a fait
une étude à ce sujet portant sur le XXe siècle. Il a
répertorié 226 cas. Le cas de l’unité 731 japonaise durant la Seconde
Guerre mondiale, par exemple, n’est pas considéré comme un acte
terroriste car c’était en temps de guerre et commis par l’armée. Le cas
de l’Oregon, de la secte Rajneeshee est un acte typique de
bioterrorisme. Seth Carrus différencie le bioterrorisme du biocrime.
Ce dernier est le fait
d’utiliser un agent biologique pour commettre un crime, comme un
assassinat par exemple. Lorsque l’on veut définir le bioterrorisme, on
rencontre la même problématique qu’avec la définition du terrorisme.
Selon l'encyclopédie, on peut
décrire le bioterrorisme comme étant l’utilisation d’un micro-organisme
dans l’intention avouée de causer une infection afin d’atteindre
certains objectifs. Étant donné qu’il est dorénavant plus facile de se
procurer des agents biologiques et l’information technique nécessaire
pour les produire, le bioterrorisme risque de devenir l’arme de choix
dans l’avenir. Mais qui dit terrorisme dit aussi revendication et
personnellement, je ne suis
pas sûr que l’attentat du 11 septembre doive être considéré comme un
attentat de type terroriste car il n’y a pas eu à proprement parler de
revendication, idem pour la secte Aoun, car le but poursuivi n’était pas
terroriste.
Il n’y a donc pas de
définition universelle et globale du bioterrorisme ?
Je suis en train de rédiger
une thèse sur ce domaine et il est vrai qu’il manque une véritable
définition. Il faut observer l’engagement qui est utilisé pour propager
l’agent biologique ou chimique. Par exemple, l’utilisation de l’anthrax
en 2001, était-ce un acte terroriste ? L’agent biologique était
militaire mais son engagement n’a pas été fait sous forme d’une arme
mais par envoi de courrier classique, ce qui n’est pas à proprement
parler une arme. De plus, il n’y pas eu de revendication à ma
connaissance. Je ne pense donc pas que l’on peut classer cet acte comme
un attentat terroriste mais comme un acte relevant du droit pénal
« classique ».
Je définirais le
bioterrorisme comme l’utilisation d’un produit de type biologique à des
fins de terreur ou de nuisance. Cela n’englobe donc pas forcément la
définition du terme terroriste. C’est multifactoriel comme définition.
Chaque spécialiste a une vision en fonction de son domaine. Pour moi,
l’important est de lutter contre la possibilité d’un engagement d’agents
biologiques. Pour cette raison, je préfère parler d'engagement d’armes
ou d'agents biologiques plutôt que de bioterrorisme.
Dans le domaine du
bioterrorisme, quels sont les dangers actuels ?
On
parle toujours de la douzaine sale (variole, ébola, spore du charbon,
etc.), ce sont les virus les plus dangereux. Or il existe des milliers
de virus et des milliards de bactéries. C’est pourquoi à un moment
donné, on prend les plus dangereux et on travaille par élimination pour
aboutir à la douzaine sale qui est devenue la classification classique.
On ne parle pas des virus qui mutent artificiellement ou naturellement.
En regardant la littérature, on voit que certains virus comme la variole
on été mutés volontairement dans un but scientifique.
Au
téléphone, vous m’avez laissé entendre que vous aviez été amené à
intervenir à plusieurs reprises à l’étranger. La Suisse est-elle
particulièrement reconnue dans ce domaine ? Quelle est votre
collaboration avec les autres États ?
La Suisse a une excellente
réputation en la matière. Tout particulièrement au niveau de la
prohibition des armes chimiques et au niveau des problèmes
radiologiques. Avec notre système de protection radiologique et notre
centrale d’alarme de Zurich, nous avons une réputation mondiale. Dans le
secteur de la santé, nous avons aussi très bonne réputation. L’OMS
collabore beaucoup avec la Suisse et dans différents domaines, dont
celui qui nous intéresse aujourd’hui.
L’avantage de notre
neutralité est que nous pouvons être envoyés dans certains pays
« sensibles », car nous n’avons pas d’alliance militaire. En 2003, nous
étions prêts à partir dans différents pays au profit de l'OPCW
(Organisation pour la prohibition des armes chimiques) et d'autres
organisations internationales pour la défense contre les armes
biologiques et chimiques. Grâce à sa non allégeance, la Suisse peut
accepter des mandats de l’ONU et être acceptée plus ou moins partout.
Nous collaborons aussi dans le cadre de la KFOR ou de l'EUFOR. La
réputation militaire suisse à l’étranger est excellente. Il faut arrêter
de nous minimiser en Suisse. Bien que notre armée soit de milice, nous
sommes très bons.
Y a-t-il des exercices de
simulation qui sont faits en Suisse, comme cela a été le cas aux
États-Unis en 1998 ?
Oui, nous avons conduit un
grand exercice en novembre 2002 à l’aéroport de Genève, basé sur un
scénario d’attentat terroriste chimique, à l’aide d’un thermos contenant
un toxique de combat. Cet exercice a mis en place tous les intervenants
genevois, ainsi que ceux de l’armée venus de Spiez. Ce type d’exercice
est très onéreux car, en plus de toute l’infrastructure matérielle que
cela demande, nous sommes obligés de mobiliser tous les intervenants,
puisque nous ne pouvons pas vider les effectifs pour un exercice. Du
coup, les personnes qui sont en congé ou de réserve sont convoquées.
Suite à cette simulation, plusieurs spécialistes étrangers et
ambassadeurs, ayant trouvé l’exercice particulièrement réussi, l’ont
validé pour des évènements futurs comme le G8. De leurs côtés, les
cantons romands font régulièrement des exercices de simulation sur le
terrain. Celui de Genève était particulièrement exceptionnel de par sa
taille. Les cantons suisses alémaniques font plutôt des exercices
d’état-major. Le WEF est un engagement qui a lieu chaque année, c’est
pour nous une sorte d'exercice à échelle réelle.

Il y a aussi des exercices
au niveau de la radioactivité. Une simulation intitulée « ours brun »
consistait en un avion transportant des matières radioactives et qui
s’écrasait dans le Jura. Pour cet exercice, tous les moyens ont été
engagés, qu’ils soient civils ou militaires. On a mobilisé un
hélicoptère Super-Puma équipé d'un détecteur de radioactivité. En 2005,
un exercice stratégique avec le Conseil fédéral, relatif à la pandémie
de grippe a eu lieu. C’est donc de manière régulière qu’il y a des
simulations en Suisse et ce, à tous les niveaux.
Entretien avec Andreas Baumgartner(AB),
Richard Felleisen(RF) et Pierre Studer(PS) de l’Office fédéral de la
santé publique :
Y
a-t-il un cahier des charges et des compétences de votre service
vis-à-vis des menaces sur l’eau (bioterrorisme) ?
R.F. :
Les denrées alimentaires étant concernées par le terrorisme, nous menons
une réflexion sur ce thème et nous considérons l’eau comme une cible
potentielle du bioterrorisme. Selon la loi fédérale sur les denrées
alimentaires et les objets usuels (LDAI, RS 817.0), l’OFSP remplit trois
rôles :
-
la
coordination des mesures d’exécution prises par les cantons ainsi que
leur activité dans le domaine de l’information, lorsqu’il existe un
intérêt national (Art. 36);
-
la mise en
garde publique et la publication des informations et des recommandations
lorsque la population de plusieurs cantons est menacée (Art. 43);
-
la
coopération avec les institutions et organes spécialisés nationaux et
internationaux (Art. 39).
Est-ce vous qui informez
la presse ?
AB :
Récemment nous avons eu un cas d’épidémie de listéria dans le canton de
Neuchâtel. Normalement, cela relève des compétences du chimiste
cantonal. Ce dernier a informé lui-même la presse car cela ne concernait
qu'un seul canton. Le problème actuel, c’est que le moindre évènement
est médiatisé, ce qui oblige l'OFSP à prendre position. L’abondance de
médias mène immanquablement à une profusion d’informations et parfois à
des communications contradictoires. Il est donc important que les
autorités concernées essaient de coordonner l'information.

En cas de menace sur l’eau,
comment cela se passe-t-il et qu’elle est l’implication de votre
office ?
AB :
En Suisse, les laboratoires cantonaux sont responsables des analyses
microbiologiques des denrées alimentaires et de l'eau. De plus il y a un
réseau de laboratoires régionaux soutenu par des centres de références
et par le laboratoire de Spiez, qui sera actif en cas d'événements liés
au bioterrorisme. Ces laboratoires sont spécialisés dans la détection
rapide des agents pathogènes. Une fois l’anomalie détectée, des
structures de crise se mettent en place en fonction de l’ampleur de la
menace. En cas d’alerte, un état-major de crise est immédiatement mis
sur pied et dirige les opérations. Nous avons un cahier des charges
relatif aux crises qui comporte également des scénarios de
bioterrorisme. Notre rôle en cas d’alerte est un rôle de coordination.
Il est primordial, en cas d’incident national ou supra cantonal, que les
actions se déroulent de manière cohérente et simultanée. Il est donc
impératif que la communication n’émane que d’un seul état-major.
Dans votre rapport 2002,
vous mentionnez le fait qu’en cas d’alerte, vous collaborez avec le
Département de la défense. Comment se déroule cette collaboration,
quelles sont les tâches et les compétences de chacun ?
AB :
Lors d’un incident, l’État-major de crise regroupe les directeurs de
chaque département qui vont diriger les opérations et coordonner
l’information. En cas de crise bioterroriste ou pandémique, l’armée a
des unités spéciales et des ressources pour soutenir les forces civiles.
Elle peut aider à isoler certaines régions, désinfecter des endroits,
etc.
RF :
Le système fonctionne selon le principe de subsidiarité des différentes
autorités. En cas d’évènement local, ce sont les autorités locales qui
seront responsables. Si c’est un canton qui est touché, les autorités
cantonales prennent le relais et si l’incident est supra cantonal ou
national, la Confédération entrera en jeu.
AB :
Toutefois, en cas d’attaque terroriste, la Confédération sera
automatiquement compétente, même si l’acte est confiné à une zone
restreinte.
PS :
Parmi les scénarios que nous avons élaborés, seuls les scénarios ayant
un impact régional sont vraiment réalistes. Bien que nous nous
préparions aussi à intervenir sur des cas d’ampleur nationale, la
probabilité d’un tel scénario est infime.
L’eau
a-t-elle déjà été la cible d’une attaque terroriste en Suisse ?
AB :
Non, mais le Conseil fédéral a fait un exercice stratégique pour évaluer
et tester l'organisation de crise. Le cas actuel de grippe aviaire est
un exercice réel pour nous. Notre pays est très bien équipé pour faire
face à une telle attaque. Nous avons des ressources qui sont
mobilisables très rapidement. Si on reprend l’exemple de la grippe
aviaire, en cas de contamination dans une ferme, celle-ci sera
immédiatement isolée et décontaminée avant que le virus n’ait le temps
de se propager.
Comment définissez-vous
les menaces pesant sur l’eau ?
AB :
Nous avons réfléchi sur les dangers qui pouvaient menacer l’eau mais le
risque d’une contamination terroriste est très faible. On sait que le
risque existe mais à l’heure actuelle, la Suisse n’est pas exposée sur
le plan national ou international comme le sont les États-Unis par
exemple.
PS :
Contaminer un réseau d’eau n’est pas une mince affaire. Par exemple, un
des réservoirs de la ville de Genève est plus grand que le bâtiment de
l’OFSP et il faudrait une quantité astronomique de produits chimiques
pour rendre l’eau dangereuse pour la santé. De plus, si l’eau est
traitée, la grande majorité des germes et des produits chimiques seront
éliminés par ce traitement.
AB :
Avec les germes, c’est un autre problème. Si on prend un germe agressif
avec une charge infectieuse très basse, avec quelques francs
d’investissement, on peut produire suffisamment de germes pathogènes
pour contaminer un gros réservoir. Il est simple de produire en
laboratoire certains germes contaminants. Le problème c’est d’arriver à
introduire le germe à l’endroit stratégique du réseau d’eau.
Les lacs sont-ils une
cible potentielle ?
AB :
Non, les lacs ne constituent pas un risque majeur de contamination du
fait du volume d’eau en cause. Dans un réservoir, les germes peuvent
représenter un risque si on les introduit après que l’eau ait été
traitée. Mais lorsque l’on pompe l’eau d’un lac, elle subit un
traitement pour éliminer les germes. Toutefois, certains agents
pathogènes ne sont pas éliminés par le traitement de l’eau comme les
spores d’anthrax, par exemple.

Lorsque l’on parle de
terrorisme, on imagine immédiatement un acte de grande ampleur visant
l’État, mais un tel acte ne peut-il pas aussi être un acte de
malveillance mettant en jeu des acteurs locaux ?
P.S. :
L’hiver passé il y a eu une contamination locale dans les eaux
allemandes du lac de Constance par des fûts de produits chimiques qui
avait été volontairement entreposés là. L’enquête a permis de déterminer
que c’était un agriculteur qui en voulait à une entreprise riveraine.
A.B. :
On a des cas de ce que l’on pourrait nommer, du terrorisme économique
et, qui visent les grands groupes alimentaires, en utilisant Internet ou
d'autres moyens pour propager des rumeurs de contamination. Par exemple,
nous avons eu le cas d’une alerte sur des bananes qui auraient été
contaminées avec une bactérie dévoreuse de chair humaine. Cela était
évidemment un canular, mais si cette rumeur s’était propagée, elle
aurait pu avoir des conséquences importantes sur la vente des bananes.
On appelle ce type d’acte du E-terrorisme, c’est-à-dire du terrorisme
qui utilise l’Internet comme vecteur de propagation.

L’objectif de notre étude
est de déterminer dans quelle mesure l’eau représente une cible de choix
pour une attaque biologique ou chimique. À la lecture des différentes
publications des organisations gouvernementales ou non, et suite aux
différents entretiens que nous avons menés, nous concluons que :
-
La menace d’attaques
biologiques ou chimiques est prise au sérieux par les gouvernements.
-
La production
d’agents biologiques ou chimiques demande des connaissances
scientifiques si importantes que le scénario le plus probable est le vol
de tels matériels. La sécurité des lieux où sont conservées les matières
dangereuses semble donc être la clé de la prévention. Un des rôles des
États est donc d’empêcher que quiconque puisse s’approprier de telles
substances ou les mettre en culture.
-
Il semble que les
experts ne soient pas unanimes quant à la facilité ou non d’accéder à
des matériaux biologiques ou chimiques.
-
L’eau, bien qu’étant
une cible potentielle, semble ne pas être une cible de choix du fait que
pour contaminer un réservoir, il faudrait une quantité astronomique
d’agents chimiques pour représenter un danger pour l’homme. Les
traitements administrés à l’eau avant qu’elle ne soit consommée,
détruisent la majorité des agents biologiques et chimiques. Les nouveaux
réservoirs ne sont plus accessibles lorsqu’ils sont pleins, du fait de
la pression de l’eau sur les sas d’accès.
Nous avons beaucoup parlé
de bioterrorisme, mais comme le relève Seth Carrus, il ne faut pas
oublier la catégorie des biocrimes qui semble-t-il est plus importante
en potentiel de menace que le bioterrorisme. La contamination d’une
source par un voisin mal intentionné avec du purin ou un cadavre
d’animal est plus probable qu’une attaque de grande ampleur sur le
territoire national. Cela tient à plusieurs paramètres, comme le mobile,
l’accès aux matériaux et l’engagement de ces matériaux. C’est un sujet
qui inquiète peu le domaine de la sécurité car les effets sont le plus
souvent localisés et les auteurs assez aisément identifiables, quant aux
conséquences, elles seront probablement minimes.
Pour terminer, nous
rappellerons ici la conclusion de l’OFSP : « La probabilité d’une
attaque terroriste par la dissémination d’un agent biologique dans les
denrées alimentaires est jugée très faible dans le contexte actuel » (OFSP,
2002, p. 16).

CONTENU :
60 pages A4, photos couleurs
COMMANDE :
Nos brochures sont à vendre. Merci de nous contacter.
Le Programme Eau21 ne poursuit aucun but lucratif.
Association Développement 21
Rue du Bugnon - 1375 Penthéréaz - Suisse
Tél + 41 (0)21 881 22 39 - E-mail eau21@eau21.ch
- Site http://www.eau21.ch
© Toute reproduction, même partielle, devra faire l'objet au
préalable d'une demande écrite.
Novembre 2005.
|